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Immigration: la baisse des arrivées ne fait pas retomber la pression sur l'Europe
Moins d'entrées irrégulières, moins de demandes d'asile... Et pourtant, l'Europe subit toujours une pression très forte pour durcir sa politique migratoire, une dynamique qui se reflète dans les propositions en débat parmi les Vingt-Sept.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes.
Au cours de la première moitié de l'année, le nombre d'entrées irrégulières sur le territoire européen a chuté de 20% selon l'agence européenne de frontières Frontex. Elles ont dégringolé sur la route des Balkans et se concentrent désormais en Méditerranée.
Les demandes d'asiles enregistrées dans les pays de l'Union européenne et ses voisins ont elles aussi reculé de 23% par rapport à la même période l'an dernier, selon des données publiées lundi.
Face à la poussée de la droite et de l'extrême droite, l'Europe a pourtant rarement été sous une telle pression pour serrer la vis sur l'immigration.
"Il y a au niveau politique ce sentiment qu'il faut répondre aux attentes des citoyens", note Camille Le Coz, directrice du centre de réflexion Migration Policy Institute Europe, évoquant la "montée de partis anti-migrants" partout sur le continent.
Pour ces groupes politiques, la baisse du nombre d'arrivées est loin d'être suffisante.
"Cela ne peut pas être le seul critère à prendre en compte", souligne, dans un entretien à l'AFP, l'eurodéputé du Rassemblement national et ancien patron de Frontex Fabrice Leggeri, plaidant pour qu'elle se conjugue avec une hausse significative des renvois.
Moins de 20% des décisions d'expulsion de migrants sont actuellement suivies d'effets au sein de l'UE, une statistique régulièrement brandie par les partisans d'une ligne migratoire plus ferme.
- "Alléger la pression" -
Pressée à agir sur cette question, tout particulièrement par l'Allemagne, l'Autriche et les pays scandinaves, la Commission avance à marche forcée.
Quelques mois seulement après l'adoption d'une loi titanesque sur la migration, qui doit entrer en vigueur en 2026, l'exécutif européen a mis trois propositions supplémentaires sur la table.
Elles permettront "d'alléger la pression sur nos systèmes d'asile", a assuré lundi le commissaire chargé des questions migratoires, Magnus Brunner.
Si elles venaient à être adoptées, les nouvelles propositions de la Commission permettraient aux Etats membres:
- D'ouvrir des centres en dehors des frontières de l'UE pour y envoyer les migrants dont la demande d'asile aurait été rejetée, les fameux "hubs de retours".
- De sanctionner plus durement les migrants qui refusent de quitter le territoire européen, via notamment des périodes de détention plus longues.
- De renvoyer des migrants vers des pays dont ils ne sont pas originaires mais que l'Europe considère comme "sûrs".
- "Popcorn" -
Autant de mesures qualifiées de "cruelles" par la gauche et les associations de protection de migrants. Mais sur lesquelles les groupes de droite au Parlement et les Etats membres veulent avancer vite.
Sous l'impulsion du Danemark, qui assure la présidence tournante de l'Union européenne, les Vingt-Sept ont déjà entamé l'examen de plusieurs de ces mesures, ont affirmé plusieurs sources à l'AFP.
Ils espèrent adopter une position commune d'ici la fin de l'année, malgré des réticences exprimées notamment par l'Espagne, l'Irlande et le Portugal sur les questions de respect des droits humains.
L'objectif est d'entamer des négociations en début d'année prochaine avec le Parlement, théâtre de tractations très difficiles, notamment sur la question des "hubs de retour", selon plusieurs eurodéputés qui y prennent part.
Des discussions extrêmement périlleuses sont par ailleurs en cours entre les Etats membres et la Commission sur une nouvelle répartition des demandeurs d'asile sur le continent.
L'idée est d'identifier quels sont les pays de l'UE les plus confrontés à une "pression migratoire". Et de déterminer, sur cette base, combien de migrants les autres Etats membres sont prêts à "relocaliser" sur leur sol, ou quelle aide financière ils sont prêts à leur verser.
L'exécutif européen doit présenter sa copie aux Vingt-Sept le 15 octobre.
"Préparez le popcorn", glisse un fonctionnaire européen, prédisant des négociations extrêmement "sensibles".
F.Dubois--AMWN