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Lecornu sous la menace de la censure dès sa reconduction à Matignon
Le Premier ministre Sébastien Lecornu, à peine reconduit vendredi soir, est déjà sous la menace d'une censure des socialistes s'il ne fait pas d'emblée plusieurs concessions majeures, dont la suspension de la réforme des retraites.
"Nous rappelons de manière très claire ce soir au Premier ministre que s'il n'y a pas dès sa déclaration de politique générale la confirmation de l'abandon du 49-3 (adoption d'un texte sans vote, ndlr), des mesures pour protéger et renforcer le pouvoir d'achat des Français et une suspension immédiate et complète de la réforme des retraites, nous le censurerons", a déclaré à l'AFP le secrétaire général du PS Pierre Jouvet.
Les votes des socialistes seront décisifs en cas de motion de censure, le Rassemblement national et les Insoumis ayant d'ores et déjà annoncé qu'ils la voteraient.
Emmanuel Macron a choisi de reconduire Sébastien Lecornu, cinq jours après sa démission, en dépit des mises en garde de son propre camp et de l'hostilité déclarée des oppositions.
Le président "donne carte blanche au Premier ministre", a-t-on ajouté dans l'entourage du chef de l'Etat.
Le Premier ministre démissionnaire a dit accepter "par devoir" sa reconduction et promis que "tous les dossiers évoqués" pendant ses consultations avec les partis seraient "ouverts au débat parlementaire".
Sébastien Lecornu, 39 ans, un proche du chef de l'Etat, avait démissionné lundi matin, quatre semaines après sa nomination et 14 heures seulement après la formation de son gouvernement qui a conduit à l'implosion du "socle commun" entre le camp présidentiel et les Républicains (LR).
C'est "un nouveau bras d'honneur aux Français", a aussitôt dénoncé Manuel Bompard chez les Insoumis. Le Rassemblement national censurera "immédiatement cet attelage sans aucun avenir", a assuré son président Jordan Bardella.
Même dans le camp présidentiel, de plus en plus fracturé, le scénario Lecornu 2 ne faisait pas l'unanimité. "Je ne comprendrais pas qu'il y ait une renomination d'un Premier ministre macroniste", avait prévenu Agnès Pannier-Runacher, macroniste de la première heure et membre du gouvernement démissionnaire.
Il pourra néanmoins bénéficier du soutien des Républicains (LR) au Parlement, même si leur participation au gouvernement est incertaine.
- "Ca va mal se terminer" -
Lundi, peu après sa démission, Emmanuel Macron avait donné 48 heures à Sébastien Lecornu pour tenter de trouver un accord de la dernière chance avec les forces politiques et éviter la censure du futur gouvernement, en l'absence de majorité absolue à l'Assemblée.
Après deux jours de tractations, Sébastien Lecornu avait estimé mercredi qu'un "chemin" était encore "possible".
Mais une ultime réunion de crise, convoquée en urgence vendredi à l'Elysée entre le président et les chefs de parti, n'a pas apporté plus de clarté.
La gauche, qui réclamait un Premier ministre issu de ses rangs, en est sortie "sidérée". M. Macron n'a apporté "aucune réponse claire" sur les retraites ou le pouvoir d'achat, a déploré le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure.
"Tout ça va très mal se terminer" avec une possible "dissolution", a renchéri la patronne des Ecologistes Marine Tondelier à la sortie de l'Elysée.
La gauche a jugé décevantes les esquisses de concession sur la réforme des retraites, pourtant inédites dans la bouche du président qui en avait fait un totem de son second quinquennat.
Emmanuel Macron a proposé "non pas de suspendre, mais décaler dans le temps" la mesure sur l'âge de départ à la retraite et non celle sur le nombre de trimestres cotisés, a expliqué la cheffe des députés écologistes, Cyrielle Châtelain.
- "Pas parfait" -
Sébastien Lecornu, dont la reconduction était évoquée avec insistance ces derniers jours, avait lui-même assuré ne pas courir "après le job" et avoir achevé sa "mission".
Il a réaffirmé vendredi que lui-même et sa future équipe devront être dépourvus de toute ambition présidentielle pour 2027.
S'il parvient à former un gouvernement dans les prochains jours, Sébastien Lecornu pourrait prononcer dès la semaine prochaine une déclaration de politique générale devant le Parlement, pour exposer sa feuille de route. La France insoumise (LFI) a déjà indiqué qu'elle déposerait dès que possible une motion de censure.
Confronté aux répliques sans fin du séisme de la dissolution en 2024, Emmanuel Macron a préféré se replier sur son dernier carré de fidèles après avoir tenté une semi-cohabitation avec l'opposant LR Michel Barnier puis avec le centriste Bayrou.
Déjà en décembre dernier, il avait voulu nommer Sébastien Lecornu à Matignon, mais son allié historique François Bayrou avait fini par s'imposer à lui.
En attendant, l'urgence est de déposer un projet de budget lundi. Le Parlement aura ensuite une fenêtre de 70 jours pour l'examiner, comme le prévoit la Constitution.
Il "ne sera pas parfait", avait reconnu le Premier ministre démissionnaire mercredi à l'issue de ses multiples rencontres avec les partis, et devra être débattu.
Venu de la droite, discret au point d'être quasi inconnu du grand public, Sébastien Lecornu, qui se définit lui-même comme un "moine soldat", est un compagnon de route du chef de l'Etat depuis 2017, devenu un rouage essentiel de la macronie.
De tous les gouvernements depuis la première élection d'Emmanuel Macron, il officiait depuis 2022 au poste stratégique des Armées, après l'Ecologie, les Collectivités et l'Outre-mer.
X.Karnes--AMWN