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Nigeria: le séparatiste biafrais Nnamdi Kanu condamné pour "terrorisme"
Le leader séparatiste biafrais Nnamdi Kanu a été reconnu jeudi coupable de "terrorisme" par la justice nigériane, qui réclame la peine de mort à son encontre, après dix ans de procédure.
"Il est clair que le défendeur a commis des actes préparatoires au terrorisme", a déclaré le juge James Omotosho.
Nnamdi Kanu et son organisation du Peuple Indigène du Biafra (IPOB), interdite par les autorités, cherchent à faire reconnaître un État séparé pour l'ethnie Igbo dans le sud-est du Nigeria. Un sujet sensible dans un pays marqué par une guerre civile sanglante de 1967 à 1970 liée à une tentative de sécession de cette région.
Le gouvernement nigérian considère l'Ipob comme une organisation terroriste, l'accusant d'attiser les tensions ethniques en parlant de génocide contre les Igbos.
Le chef de l'IPOB a été déclaré coupable des sept chefs d'accusation pour lesquels il était poursuivi, allant du "terrorisme" à la diffusion de messages "intentionnellement trompeurs". Sa peine sera précisée jeudi dans l'après-midi.
Le procureur général a réclamé la peine de mort contre M. Kanu. "La peine prévue pour les infractions visées aux chefs d'accusation 1, 2, 4, 5 et 6 est la peine de mort. Ce tribunal a le pouvoir de la prononcer et doit le faire", a demandé Adegboyega Awomolo.
L'un de ses anciens avocats de M. Kanu, présent dans la salle d'audience, Obi Aguocha, a réagi en plaidant "la miséricorde" et "la clémence" du tribunal.
Le dirigeant séparatiste a assuré jeudi sa propre défense, ayant décidé quelques semaines plus tôt de renvoyer ses avocats, ce qui avait reporté la tenue du procès. Il s'est vivement emporté en pleine audience lorsque sa demande de liberté sous caution a été refusée. "Où est la loi?", a-t-il crié à maintes reprises.
- "Fusils et balles" -
Il a été escorté à l'extérieur par des agents de sécurité et le verdict a été rendu en son absence par le juge James Omotosho.
Nnamdi Kanu, citoyen nigérian et britannique de 58 ans, s'est fait connaître du gouvernement nigérian en 2015 en lançant un appel en faveur de l'indépendance du sud-est du pays via la station Radio Biafra basée à Londres, affirmant : "Nous avons besoin de fusils et de balles".
L'IPOB rejette l'idée qu'il s'agisse d'un appel à l'insurrection. Après des manifestations de soutien au Biafra cette même année, les premières depuis la guerre civile, M. Kanu a été arrêté lors d'un voyage au Nigeria.
Il s'est soustrait à sa libération sous caution en 2017 et a fui le pays après une intervention militaire à son domicile, avant d'être extradé depuis le Kenya en 2021, dans des circonstances que ses avocats ont qualifiées d'enlèvement illégal.
L'IPOB est par ailleurs accusé d'avoir forcé les habitants à suivre des consignes de "sit-at-home" (rester chez soi) qui paralysent les marchés, les écoles et les transports dans le sud-est, pour protester après l'arrestation de M. Kanu en 2021. L'organisation rejette toute accusation de violence.
L'armée nigériane est également accusée d'abus dans cette région, y compris de meurtres extrajudiciaires, par plusieurs ONG et associations.
Un autre leader séparatiste biafrais, Simon Ekpa, qui possède la double nationalité finnoise et nigériane, a été condamné en septembre à six ans de prison en Finlande pour "participation aux activités d'un groupe terroriste" et "incitation publique à commettre un crime à des fins terroristes".
L'ex-Biafra, région déshéritée du sud-est du Nigeria qui comprend les Etats d'Anambra, d'Imo, Enugu, Ebonyi et Abia, essentiellement peuplée par la communauté Igbo, fut le théâtre d'une guerre civile entre 1967 et 1970.
Après la mort de plus d'un million de personnes, notamment de famine, et l'échec d'une rébellion à bout de souffle, la "République du Biafra" avait fini par réintégrer le Nigeria, mosaïque ethnique et religieuse comptant actuellement près de 200 millions d'habitants régulièrement secouée par des tensions intercommunautaires.
X.Karnes--AMWN