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Etats-Unis: la démission d'une Trumpiste historique expose les fractures des Républicains
Lorsque Marjorie Taylor Greene a annoncé sa démission du Congrès américain, cette trumpiste historique a violemment stigmatisé les dysfonctionnements de Washington. Elle a aussi exposé la lassitude d'élus républicains, exaspérés par l'hyperprésident Trump et décontenancés par ses choix politiques.
La députée ultra-conservatrice de 51 ans a provoqué la stupéfaction vendredi avec cette annonce, accompagnée d'une attaque au vitriol contre le début de second mandat du milliardaire et contre les dirigeants républicains, accusés de trahir leur base. Donald Trump a en retour publiquement renié la députée de Georgie, mise au ban d'un parti qu'il mène d'une main de fer.
Le départ de Marjorie Taylor Greene a aussi alimenté les spéculations sur de possibles démissions supplémentaires d'élus républicains, à un an des élections de mi-mandat. Une perspective dangereuse pour un parti à la majorité extrêmement ténue au Congrès.
"La lune de miel est finie", assure Andrew Koneschusky, ex-conseiller parlementaire du chef démocrate Chuck Schumer, pour qui certains républicains sont aujourd'hui profondément déçus par la seconde administration Trump.
"Le mécontentement est à multiples facettes", ajoute-t-il à l'AFP, citant notamment "la crise croissante du coût de la vie", mais aussi "la concentration du pouvoir dans l'exécutif", "la diminution des pouvoirs du Congrès" ou l'affaire du criminel sexuel Jeffrey Epstein.
- "Bombe à retardement" -
Dans son communiqué de quatre pages, Marjorie Taylor Greene dénonce un "complexe politico-industriel" plus enclin à servir les élites que les électeurs américains.
Elle fustige aussi le chef républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson, plus occupé selon elle à soumettre au vote des projets de loi dénués de sens et à tester la loyauté des élus, qu'à réellement mettre en application les promesses de campagne de Donald Trump.
Si Marjorie Taylor Greene a toujours été une figure iconoclaste du parti, notamment en raison de ses penchants conspirationnistes, sa colère fait cette fois-ci écho aux doutes de ses collègues. La députée Victoria Spartz (Indiana) a ainsi déclaré comprendre sa décision de fuir une "institution qui a trahi le peuple américain".
Déjà 41 élus à la Chambre, sur 435, prévoient de ne pas se représenter en novembre 2026, un chiffre inhabituellement élevé à un an de l'échéance. Et selon le média Punchbowl News, spécialiste des affaires du Congrès, ce nombre pourrait gonfler au vu des doléances exprimées en coulisses dans la majorité.
"Le moral n'a jamais été aussi bas", a déclaré l'un d'entre eux de manière anonyme à Punchbowl News, évoquant une "bombe à retardement". Car avec une petite poignée seulement de sièges d'avance à la Chambre, le parti présidentiel ne peut se permettre de perdre beaucoup d'élus.
Parmi les motivations derrière son départ, Marjorie Taylor Greene - comme l'élu démocrate Jared Golden - évoque également le climat de violence politique, qui n'a fait que croître ces dernières années et s'est illustré en septembre avec l'assassinat du militant ultra conservateur Charlie Kirk.
- "Accepter ou se retirer" -
Et selon une étude du cercle de réflexion indépendant Bipartisan Policy Center, le rôle du Congrès comme garde-fou de l'exécutif s'est aussi érodé, plus encore depuis le retour au pouvoir de Donald Trump, qui préfère les décrets que les projets de loi adoptés par les deux chambres.
Pas facile d'être parlementaire de la majorité, note Andrew Koneschusky. "Vous ne pouvez pas exercer un jugement politique indépendant sans risquer des représailles", explique ce consultant politique. "De nombreux républicains semblent estimer n'avoir que deux options: accepter ou se retirer de la scène".
Même la politique étrangère du président agace, notamment son plan de règlement de la guerre en Ukraine et un projet de départ en 28 points jugé aligné sur les demandes de Moscou.
"Nous détestons (...) jeter l'Ukraine, qui aspire à la liberté et à l'indépendance, sous le bus de Poutine", a écrit Don Bacon (Nebraska) sur les réseaux sociaux, dénonçant un "plan de reddition (...) écœurant".
Le sénateur du Kentucky Mitch McConnell a pour sa part estimé que le président russe Vladimir Poutine avait "passé l'année à faire passer le président Trump pour un imbécile".
Et d'ajouter que si les principaux négociateurs américains étaient "plus préoccupés par apaiser Poutine que par garantir une véritable paix, alors le président devrait trouver de nouveaux conseillers".
J.Williams--AMWN