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Brésil: nouvelle étape franchie au Sénat vers une réduction de peine pour Bolsonaro
Le Sénat brésilien s'apprête à voter mercredi une proposition de loi qui pourrait réduire fortement la peine de prison de l'ex-président Jair Bolsonaro, condamné à 27 ans de réclusion pour tentative de coup d'Etat, le texte ayant été approuvé en commission.
La commission de la Constitution et de la Justice de la chambre haute l'a approuvé à 17 voix contre 7, ouvrant la voie à un vote pour son adoption séance plénière dans les prochaines heures.
Son approbation par la Chambre des députés la semaine dernière avait suscité de nombreuses critiques. Des manifestations s'y opposant, organisées dimanche, ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes dans plusieurs grandes villes du pays.
L'ancien dirigeant d'extrême droite (2019-2022) a commencé à purger sa peine fin novembre dans les locaux de la Police fédérale à Brasilia.
D'après les règles en vigueur actuellement, Jair Bolsonaro, 70 ans, pourrait demeurer environ huit ans incarcéré avant de bénéficier d'un éventuel aménagement de sa peine, selon le Tribunal d'exécution des peines de la capitale brésilienne.
La proposition de loi pourrait réduire sa condamnation à deux ans et quatre mois.
Le texte prévoit également d'accorder la liberté conditionnelle à des dizaines de partisans de l'ex-président d'extrême droite condamnés pour les émeutes du 8 janvier 2023 à Brasilia.
Ce jour-là, des milliers de bolsonaristes avaient saccagé le Parlement, le palais présidentiel et la Cour suprême, réclamant une intervention militaire pour déloger du pouvoir le président actuel de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, une semaine après son investiture.
- Texte reformulé -
Au sein d'un Parlement à forte majorité conservatrice, les bolsonaristes tentent en vain depuis février de faire voter un texte permettant à Jair Bolsonaro de bénéficier d'une amnistie totale.
Mais à l'approche des vacances parlementaires de fin d'année, ils estiment que la réduction de sa peine constitue "une première étape".
La semaine dernière, la proposition de loi avait été approuvée par les députés à une large majorité de 291 voix contre 148, à l'issue d'une séance houleuse.
Au Sénat, la majorité conservatrice est moins accentuée, mais les demandes de report du vote en commission ont été rejetés mercredi matin.
"Il faut se pencher sur ce sujet une fois pour toutes dans l'hémicycle", a déclaré le sénateur Flavio Bolsonaro, fils aîné de l'ancien président récemment adoubé par son père comme candidat à la présidence pour le scrutin d'octobre 2026.
Le rapporteur de la proposition de loi à la chambre haute, Espiridao Amin, allié de M. Bolsonaro, a changé la formulation du texte pour que la réduction de peine ne concerne que les personnes condamnées "pour des crimes contre l'Etat de droit".
Cela concerne donc l'ancien président et ses proches collaborateurs condamnés pour tentative de coup d'Etat, ainsi que les émeutiers du 8 janvier 2023.
La version précédente, approuvée par les députés, était un "cheval de Troie" qui "réduit également drastiquement les peines des délinquants" de droit commun, a averti mardi le sénateur centriste Alessandro Vieira.
- "Voué au véto" -
L'entrée en vigueur d'une éventuelle réduction de peine pour Jair Bolsonaro pourrait toutefois être retardée si le président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva décide de censurer le texte avant sa promulgation.
"Ce texte est voué au veto", a dit aux journalistes le sénateur de gauche Randolfe Rodrigues, le qualifiant de "lamentable".
Mais le Parlement aura le dernier mot et pourrait voter l'annulation du veto présidentiel.
Le rapporteur de la proposition de loi à la chambre basse, Paulinho da Força, l'a qualifiée de "geste de réconciliation" dans un pays fortement polarisé.
Dimanche, des dizaines de milliers de manifestants ont exprimé leur mécontentement dans la rue, avec pour mots d'ordre "Pas d'amnistie" ou "Parlement, ennemi du peuple".
En septembre, à l'issue d'un procès historique, Jair Bolsonaro a été reconnu coupable par la Cour suprême d'être le leader d'une "organisation criminelle" ayant conspiré pour son maintien au pouvoir malgré sa défaite à la présidentielle de 2022.
Selon l'accusation, ce projet putschiste, qui prévoyait même l'assassinat de Lula après son élection au second tour, a échoué faute de soutien du haut commandement militaire.
J.Williams--AMWN