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Le dossier médical partagé, l'outil mal aimé qui provoque la colère des médecins libéraux
"Vieillot", "pas ergonomique", "parfois des bugs", "incomplet"... le dossier médical partagé (DMP), censé stocker toutes les informations médicales d'un assuré social, est l'une des cibles de la colère actuelle des médecins libéraux, mais l'administration promet qu'il est proche de tenir enfin ses promesses.
Un article du projet de budget de la Sécu 2026 qui vient d'être adopté par le Parlement a mis le feu aux poudres chez les médecins libéraux: les praticiens qui ne partageraient pas dans le DMP leurs ordonnances, comptes-rendus, lettres d'adressage et autres documents concernant leurs patients encourront jusqu'à 10.000 euros d'amende par an.
Les praticiens pourront également se voir imposer de consulter le DMP de leur patient avant de lui prescrire "des actes particulièrement coûteux ou en cas de risque de mésusage", sous peine d'encourir là encore jusqu'à 10.000 euros d'amende par an.
"Imposer des obligations ou des sanctions aux médecins sans leur donner les moyens techniques adaptés est inacceptable", dénonce le syndicat CSMF, à l'unisson des autres organisations représentatives.
Le dossier médical partagé est la brique fondamentale de Mon Espace Santé, le carnet de santé numérique des Français.
De fait, ce serpent de mer que l'Etat cherche à mettre en place depuis une loi de 2004, a encore bien des progrès à faire, constatent des médecins interrogés par l'AFP.
"Avec le DMP, on a l’impression de revenir dix ans en arrière avec un logiciel qui est assez vieillot, dont l'ergonomie n'est pas forcément très jolie, qui a parfois des bugs... il y a des jours où ça marche, des jours où ça ne marche pas, on ne sait pas pourquoi", déplore le docteur Thomas Maunoury, médecin généraliste dans le Nord.
"Même pour quelqu'un d'aguerri, il faut 30 secondes" pour se connecter, regrette le praticien, qui se sert du DMP "une à deux fois par jour".
"Et quand on ouvre, on est souvent un peu déçu, c'est comme un livre avec beaucoup de pages blanches", trop de soignants n'alimentant pas encore l'outil, regrette-t-il.
Le docteur Jean-Jacques Fraslin, médecin généraliste en Loire-Atlantique, souhaite aussi des améliorations, même si de son côté il consulte très régulièrement le DMP de ses patients, "10 à 15 fois par jour".
L'alimentation automatique crée souvent "un fouillis énorme". "On met beaucoup de temps pour trouver les documents intéressants, perdus au milieu d'autres sans intérêt", explique-t-il.
- 64.000 utilisateurs -
"On pourrait imaginer qu'il y ait une IA à qui on pose la question +donne-moi le dernier compte-rendu cardiologique du patient+, et qui irait fouiller tous les (fichiers) pdf", dit-il.
"La date des sanctions éventuelles (pour non-remplissage du DMP) est fixée à 2028 ! Nous avons le temps d’y travailler" avec les professionnels, a souligné la ministre de la Santé Stéphanie Rist dans le Quotidien du Médecin, souhaitant rendre l'outil "plus ergonomique, plus simple d’accès et plus complet" pour "inciter" à le remplir, plutôt que contraindre.
De son côté, la délégation au numérique en santé (DNS) assure que le Ségur du numérique en santé, un programme de 2 milliards d'euros d'investissement financé par l'Union européenne, est en train de faire sentir pleinement ses effets sur le DMP.
Le programme a notamment permis de financer un énorme effort de mise à jour des centaines de logiciels utilisés par les soignants pour qu'ils alimentent automatiquement le DMP, et faciliter la consultation. Aujourd'hui, 64.000 professionnels de santé ont déjà utilisé le DMP.
Désormais "70% des lettres de liaison produites à l'hôpital" à la sortie du patient y sont versées, tout comme "35% des comptes-rendus de biologie", et "45% des comptes-rendus de radiologie", a indiqué à l'AFP Claire Vigier, l'une des responsables du projet à la DNS.
A partir de la mi-2026, les logiciels professionnels utilisés quotidiennement par les médecins offriront "un accès facilité, intelligent" au DMP, selon elle.
L'étape suivante, à laquelle la DNS travaille avec l'Assurance maladie, sera d'utiliser l'IA pour générer une "synthèse personnalisée" du dossier avec des requêtes simples comme "trouve-moi le dernier bilan de biologie", explique-t-elle.
P.Stevenson--AMWN