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Anutin Charnvirakul, un caméléon politique déterminé à rester Premier ministre de Thaïlande
Riche héritier et caméléon politique, le Premier ministre thaïlandais Anutin Charnvirakul devrait conserver son siège à l'issue des élections législatives anticipées de dimanche qu'il a convoquées, selon les observateurs.
Après avoir collectionné les portefeuilles ministériels dans des coalitions variées pendant plus de deux décennies, l'homme politique de 59 ans est devenu début septembre 2025 chef du gouvernement et n'entend pas céder sa place de sitôt.
Adroit manœuvrier, il s'est assuré le poste de Premier ministre grâce au soutien du Parti du peuple, réformiste, le plus grand groupe parlementaire, que les sondages donnent à nouveau en tête dimanche, devant le parti de centre droit qu'il dirige, le Bhumjaithai.
Mais sans majorité absolue attendue, les analystes prévoient qu'Anutin ressorte des négociations post-électorales à la tête d'une nouvelle coalition.
Son partenaire le plus probable: le Pheu Thai, parti populiste du clan Shinawatra qui domine la politique thaïlandaise depuis des décennies, mais est affaibli depuis l'emprisonnement de son fondateur, l'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra, et la destitution de sa fille Paetongtarn du poste de Première ministre - à laquelle a succédé Anutin.
"Je ne me suis pas préparé à une défaite", lance l'héritier fortuné devant un bol de nouilles, en campagne dans le quartier chinois de la capitale.
Sa famille a bâti sa fortune grâce à une puissante entreprise de construction, Sino-Thai Engineering, et de juteux contrats publics, comme le principal aéroport de Bangkok, ou le bâtiment du Parlement.
Mais Anutin se présente en homme du peuple. Sur les réseaux sociaux, il cuisine en short et joue de vieux airs pop thaïlandaise au piano et au saxophone.
- Cannabis -
S'il est surnommé "Noo" ("souris" ou "rat", en thaïlandais), c'est aussi un caméléon: il a été ministre de la Santé, ministre de l'Intérieur puis vice-Premier ministre de trois gouvernements entre 2019 et 2025.
Lors de la crise du Covid-19, il avait dû présenter ses excuses après avoir accusé les Occidentaux de propager le virus dans son pays dépendant du tourisme.
Anutin a aussi fait les gros titres lorsqu'il a soutenu la dépénalisation du cannabis en 2022 en tant que ministre de la Santé.
Sa carrière politique est liée dès le départ à celle de l'omniprésente famille Shinawatra.
A la fin des années 1990, après des études d'ingénieur industriel à New York, il devient conseiller du ministère des Affaires étrangères du royaume et membre du parti de Thaksin.
Mais après la dissolution de la formation politique pour fraude électorale en 2007, Anutin Charnvirakul est interdit d'activité politique pendant cinq ans.
Il apprend à piloter et se constitue une petite flotte d'avions privés pour transporter des malades à l'hôpital et livrer des organes.
- Instincts conservateurs -
Sa peine purgée, il revient en politique en 2012 en prenant la tête du parti de centre droit Bhumjaithai, succédant à son père Chawarat - Premier ministre par intérim lors de la crise politique de 2008, puis ministre de l'Intérieur pendant trois ans. Il obtient des portefeuilles ministériels succcessifs au sein des diverses coalitions.
Son parti s'est hissé à la troisième place lors des élections législatives de 2023.
Mais en juin 2025, il retire son parti, le Bhumjaithai, de la coalition avec le Pheu Thai après la fuite d'un échange téléphonique entre Paetongtarn Shinawatra, alors Première ministre, et l'ex-dirigeant cambodgien Hun Sen, qui déclenche une crise politique.
Le conflit transfrontalier de longue date entre Thaïlande et Cambodge s'est à nouveau embrasé et des combats en juillet et en décembre ont causé des dizaines de morts et près d'un million de déplacés.
Selon les analystes, la vague de nationalisme suscitée par le conflit a renforcé le soutien à Bhumjaithai, dont l'opposition à l'assouplissement des strictes lois de lèse-majesté est considérée comme la preuve de ses instincts conservateurs.
"Le conflit a recentré les priorités des électeurs autour du rôle de l'armée" et "la souveraineté territoriale de la Thaïlande", note le politologue Napon Jatusripitak. "Le seul parti crédible qui puisse adopter (...) une posture nationaliste et belliciste sur la question est le Bhumjaithai", a-t-il ajouté.
En campagne dans les rues de Bangkok, Anutin plaide : "Personne ne veut de combats, personne ne veut de conflit. Mais nous devons défendre notre intégrité et notre souveraineté".
bur-sjc-sco-ega/jnd/lgo
F.Dubois--AMWN