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Pour Milei, un exercice d'équilibriste entre le commerce avec la Chine et l'allégeance à Trump
Equilibrisme, ou pragmatisme façon Javier Milei? L'Argentine du président ultralibéral trace un chemin délicat entre sa relation incontournable avec la Chine, partenaire commercial crucial, et l'importance de ne pas froisser l'allié "géopolitique" absolu, l'Amérique de Donald Trump.
Posture d'autant plus sensible que se profile une visite de Javier Milei en Chine, tandis que l'administration Trump affirme son ambition hégémonique sur l'Amérique latine. Et menace, du Canada au Royaume-Uni, les pays tentés par des échanges accrus avec Pékin.
- "Affaire" avec les communistes? -
Le Milei viscéralement anti-communiste clamait, péremptoire avant son élection fin 2023, qu'il ne "fera(it) pas affaire avec les communistes", comme la Chine, qui "assassine ses citoyens".
Changement de ton graduel, mais immanquable, au fil de sa présidence: "La géopolitique est une chose, le commercial une autre", soulignait-il en janvier. "Je ne vais pas rompre les relations commerciales avec la Chine. Cela ne veut pas dire que je ne suis pas profondément aligné géopolitiquement avec les Etats-Unis".
La Chine offre "de nombreuses opportunités d'expansion de marchés" et "je prends les décisions qui bénéficient le plus aux Argentins", insistait-il par ailleurs en marge du Forum de Davos.
- La Chine pèse lourd -
La Chine est le deuxième partenaire commercial de l'Argentine, à peine devancée par le Brésil. Les échanges sino-argentins sont marqués, qui plus est, par une "grande complémentarité" entre les deux économies, dit à l'AFP Patricio Giusto, analyste de relations internationales. Ce qui n'est pas le cas pour les Etats-Unis, en concurrence sur l'agro-alimentaire.
L'Argentine vend à la Chine soja, viande, minerais. En sens inverse voyagent biens manufacturés, machines, textile, composants électroniques ou automobiles, à l'image d'un cargo géant de 7.000 voitures électriques BYD arrivé en janvier.
Financièrement aussi, la Chine compte. Bien avant que le Trésor américain ne vienne à la rescousse en 2025 de l'Argentine, Pékin aussi a donné un coup de main, avec un "swap", ou accord d'échange de devises, pour 5 milliards de dollars, conclu en 2023 sous le gouvernement péroniste (centre gauche), mais renouvelé sous Milei en 2024 pour deux ans.
- Bases sous surveillance -
Restent des sensibilités: la province patagonienne de Neuquen (1.200 km de Buenos Aires) abrite depuis dix ans une station chinoise astronomique d'exploration de "l'espace profond", née d'un accord de coopération scientifique sino-argentin, excluant explicitement toute activité militaire.
Régulièrement pourtant, la base est l'objet de soupçons sur les réseaux sociaux sur des desseins militaires, publications que l'AFP-Factuel a démenties à plusieurs reprises.
Régulièrement aussi, les chefs du commandement américain du Sud viennent visiter une future base navale, en construction dans le port austral d'Ushuaïa.
- Liaison "dangereuse"? -
Quelle tolérance américaine pour une relation sino-argentine ? Fin 2025, le secrétaire au américain au Trésor, Scott Bessent, assurait que le "grand allié" Milei "était déterminé à sortir la Chine d'Argentine, (Chine) qui est partout en Amérique latine".
Pour autant, Javier Milei assurait en janvier, dans une interview à Bloomberg depuis Davos, ne voir "aucun conflit", entre l'alignement géopolitique avec les Etats-Unis et un flux commercial avec leur grand rival chinois.
Les récentes réactions de M. Trump, hérissé par un rapprochement entre Londres et Pékin, ou ses menaces douanières envers le Canada, poseraient-elles les limites à ces échanges?
M. Giusto pose la question: "sera-t-il viable dans le temps pour Milei de séparer le lien commercial avec Pékin de l'alignement géopolitique sur les Etats-Unis, si Trump commence à poser des conditions commerciales?"
- Voyagera, voyagera pas? -
Une visite annoncée de M. Milei en Chine tarde à se concrétiser. Il l'a évoquée à plusieurs reprises, en janvier encore, depuis sa rencontre avec Xi Jinping fin 2024 en marge d'un G20 à Lima. Les deux dirigeants s'étaient alors invité mutuellement.
Ni la présidence argentine ni l'ambassade de Chine n'ont donné suite aux sollicitations de l'AFP sur la visite.
En attendant, une délégation d'une demi-douzaine de députés du parti libertarien de Milei, La Libertad Avanza, a effectué une visite économique en Chine en janvier, visitant des entreprises privées "pour améliorer les investissements en Argentine" et "créer une synergie d'entreprises grâce à l'infrastructure et à la technologie", selon la cheffe de délégation, Juliana Santillan.
"Pour l'Argentine, rompre les liens avec la Chine est absolument infaisable, la Chine n'est pas remplaçable en tant que partenaire", résume Florencia Rubiolo, chercheuse en relations internationales et directrice du groupe de réflexion Insight 21.
C.Garcia--AMWN