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Malgré son déclin, le plus puissant clan de Thaïlande entend se poser en faiseur de roi
Après l'emprisonnement de son fondateur Thaksin et la destitution de sa fille, l'omniprésente dynastie Shinawatra se dirige vers sa pire performance dans les urnes à l'élection législative de dimanche en Thaïlande. Mais le rôle de faiseuse de roi qui l'attend pourrait lui permettre de déjouer la série noire et continuer de peser, comme elle l'a fait ces vingt dernières années.
Le parti Pheu Thai est donné en troisième position dans les sondages, avec 16% des intentions de vote: une fraction de l'appui dont jouissait à son apogée la formation fondée par le milliardaire des télécommunications Thaksin Shinawatra, ex-Premier ministre (2001-2006) qui purge aujourd'hui une peine d'un an de prison pour corruption.
Bête noire des conservateurs alignés avec le roi et l'armée, le camp de Thaksin a longtemps incarné le mouvement réformateur, avant de se faire ravir cette place par le Parti du peuple, plébiscité par les jeunes et largement pressenti pour remporter la bataille des urnes, comme en 2023.
Yodchanan Wongsawat, neveu du patriarche Thaksin, a été choisi comme candidat du parti au poste de Premier ministre. S'il est élu par les parlementaires, il serait le cinquième membre de la famille à occuper ce poste en 25 ans.
Les quatre précédents ont tous été destitués par des coups d'État militaires ou des décisions de justice.
"Tout bien considéré, le parti devrait être mort", expose à l'AFP Napon Jatusripitak, politologue à l'ISEAS-Yusof Ishak Institute à Singapour.
"Mais sur le terrain, son réseau est encore assez intact."
Ainsi, même écorné et écarté du pouvoir, le Pheu Thai pourrait parvenir, cette fois encore, à influer sur le cours de la politique thaïlandaise.
Comment? En remportant juste "suffisamment de sièges pour jouer le rôle de faiseur de rois", explique Napon Jatusripitak.
Et continuer de peser, ainsi que l'a fait Thaksin tout au long du XXIe siècle.
- Chemises rouges -
Au début des années 2000, Thaksin a bouleversé la politique thaïlandaise avec des mesures populistes qui lui ont valu des victoires électorales sans précédent.
Renversé par l'armée en 2006, il s'exile deux ans plus tard, sans jamais cesser de commenter les affaires nationales, voire de s'y immiscer, selon ses détracteurs.
Ses partisans les plus fidèles, issus des campagnes alimentées par ses politiques redistributives, revêtent leurs chemises rouges et descendent dans les rues de Bangkok en 2010, après sa condamnation par contumace pour corruption.
Selon l'ONG Human Rights Watch, au moins 90 personnes ont été tuées lors d'affrontements avec les autorités.
Et en 2026, la ferveur perdure. Lors d'un meeting électoral du Pheu Thai dans la province de Saraburi, l'AFP a rencontré Chanapa Lekhawattanakul, une retraitée qui vend des t-shirts pour "que personne n'oublie Thaksin".
"Je soutiens ce parti depuis 20 ans. Je ne le quitterai pas", explique cette femme de 65 ans qui se souvient avoir reçu des médicaments gratuits sous son gouvernement.
Les électeurs "se souviennent encore de certains des héritages du Thai Rak Thai (premier parti de Thaksin, NDLR), notamment la couverture médicale universelle à 30 bahts, et plus largement, de ce que la bannière Shinawatra signifiait pour eux", explicite Napon Jatusripitak.
Même depuis sa prison, Thaksin conserve un rôle prépondérant en tant que financier du parti, ajoute-t-il.
- "Evoluer" -
Après les élections de 2023 et pour empêcher le Parti du peuple, victorieux, de diriger le pays, le Pheu Thai s'est arrangé avec des partis pro-armée qui le honissent pour faire élire la fille de Thaksin, Paetongtarn Shinawatra, au poste de Première ministre.
La Cour constitutionnelle l'a destituée en août 2025 après des propos jugés trop révérencieux à l'endroit d'un ancien dirigeant du Cambogde, alors que les combats avaient éclaté le mois précédent à la frontière entre les deux pays.
"Thaksin est quelqu'un de vraiment gentil et d'intellectuel", a déclaré à l'AFP Yodchanan, qui porte désormais les couleurs de la famille. Mais en tant que candidat au poste de Premier ministre, il a insisté: "Je suis seul".
Les détracteurs du Pheu Thai affirment qu'il n'est qu'un instrument au service du clan Shinawatra.
"Thaksin est toujours le propriétaire du Pheu Thai (et) c'est là son problème. Il devrait évoluer pour devenir un véritable parti, et non plus une simple entreprise familiale", observe Prinya Thaewanarumitkul, professeur de droit à l'université Thammasat.
D'après les prévisions, aucun parti ne devrait remporter la majorité absolue des sièges dimanche, et certains anticipent un accord de coalition dans lequel le Pheu Thai soutiendrait le Premier ministre sortant Anutin Charnvirakul pour qu'il conserve son poste, tandis que Thaksin serait libéré de prison avant la fin de sa peine.
burs-tp-sco-ega/roc
D.Kaufman--AMWN