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Désarmement nucléaire: Washington réclame des négociations incluant la Chine, Moscou pose ses conditions
Les Etats-Unis ont appelé vendredi au lancement de négociations multilatérales de contrôle des armements nucléaires incluant la Chine, au lendemain de l'expiration du traité New Start entre les Etats-Unis et la Russie qui avive les craintes de prolifération.
Moscou n'exclut pas de telles discussions, mais les a conditionnées, vendredi, à la participation de la France et du Royaume-Uni.
"Les violations répétées du traité New Start par la Russie, l'augmentation des stocks mondiaux et les lacunes de sa conception et de sa mise en œuvre imposent aux États-Unis l'impératif clair de réclamer une nouvelle architecture (...)", a déclaré le sous-secrétaire d'Etat chargé du contrôle des armements, Thomas DiNanno, lors d'une une réunion à la Conférence du Désarmement au siège de l'ONU à Genève.
"A cette heure, l'arsenal nucléaire chinois, dans son intégralité, est sans limite, sans transparence, sans déclaration et sans contrôle", a-t-il ajouté.
De son côté, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a estimé que "le contrôle des armements ne peut plus être une question bilatérale entre les Etats-Unis et la Russie", dans un article en ligne détaillant la proposition américaine à Genève.
"D'autres pays ont la responsabilité de contribuer à garantir la stabilité stratégique, et aucun plus que la Chine", a-t-il ajouté.
Le président américain Donald Trump avait réclamé jeudi un "nouveau traité amélioré et modernisé" avec la Russie, après l'expiration du dernier traité bilatéral de désarmement nucléaire entre les deux pays.
Les Etats-Unis souhaitent de longue date associer la Chine à toute future discussion, mais Pékin l'exclut pour l'instant.
"Les capacités nucléaires de la Chine sont loin d'atteindre le niveau de celles des États-Unis ou de la Russie; par conséquent, la Chine ne participerait pas à des négociations sur le désarmement nucléaire à ce stade", a répété vendredi à Genève le représentant de la Chine.
A Moscou, le Kremlin a indiqué vendredi que Russie et Etats-Unis étaient d'accord pour garder une approche "responsable" et restaient prêts à négocier sur le sujet.
Mais à Genève, l'ambassadeur russe Gennady Gatilov a posé comme conditions à la participation de la Russie celles de la France et du Royaume-Uni.
"La Russie, par principe, serait impliquée dans un tel processus si le Royaume-Uni et la France, alliés militaires des États-Unis au sein de l'Otan, qui s'est déclarée alliance nucléaire, y participaient également", a-t-il déclaré lors de la réunion sur le désarmement à Genève.
Lors de la même séance, la représentante permanente française aupres de la Conférence du désarmement n'a pas directement répondu à cette exigence, mais assuré que la France soutenait "l’élaboration urgente de mesures concrètes et crédibles, susceptibles de réduire le risque d’emploi d’armes nucléaires".
"Cet objectif devrait être celui de tous les États dotés d’armes nucléaires", a ajouté Anne Lazar-Sury.
- "Obsolète" -
La Russie et les Etats-Unis concentrent à eux deux 80% des ogives nucléaires mondiales, mais la Chine rattrape son retard à marche forcée.
Le traité New Start est le dernier accord de maîtrise des armements liant Washington et Moscou. Signé en 2010, il limitait chaque partie à 800 lanceurs et bombardiers lourds et 1.550 ogives stratégiques offensives déployées, avec un mécanisme de vérification.
Mais il était déjà dans les limbes depuis que les inspections ont été suspendues en 2023, après l'offensive russe en Ukraine lancée l'année précédente.
L'expiration du traité a semé l'inquiétude à travers le monde, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, ayant parlé d'un "moment grave pour la paix et la sécurité internationales".
Pour M. Rubio, qui a jugé le traité New Start d'"obsolète", les Etats-Unis "négocient en position de force".
"La Russie et la Chine ne doivent pas s'attendre à ce que les Etats-Unis restent les bras croisés pendant qu'elles se soustraient à leurs obligations et renforcent leurs forces nucléaires", a écrit Marco Rubio sur la plateforme Substack.
"Nous maintiendrons une force de dissuasion nucléaire robuste, crédible et modernisée. Mais nous le ferons tout en explorant toutes les voies possibles pour répondre au souhait sincère du président de voir un monde avec moins de ces armes terribles", a-t-il ajouté.
"Aujourd'hui à Genève, nous faisons les premiers pas vers un futur où la menace nucléaire est réduite dans les faits, pas juste sur papier. Nous espérons que d'autres s'y joindront", a-t-il écrit.
Quant aux capitales européennes, elles faisaient porter la responsabilité de l'échec sur Moscou, qui a déclaré dès mercredi n'être "plus liée" par ce traité.
Lors d'une conversation avec son homologue chinois Xi Jinping mercredi, le président russe Vladimir Poutine a toutefois promis que son pays allait agir "de manière réfléchie et responsable", selon son conseiller diplomatique Iouri Ouchakov.
G.Stevens--AMWN