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Fin de campagne présidentielle au Portugal, frappé par des intempéries "dévastatrices"
Fortement perturbée par les tempêtes qui ont balayé le pays ces deux dernières semaines, la campagne pour le second tour de l'élection présidentielle portugaise s'achève vendredi avec un socialiste modéré comme grand favori face au chef de file de l'extrême droite.
"Il s'agit d'une crise dévastatrice", a reconnu jeudi soir le Premier ministre Luis Montenegro en évoquant les dépressions qui ont frappé dernièrement le Portugal, tout en estimant que les difficultés d'organisation du scrutin étaient "surmontables".
Le candidat d'extrême droite André Ventura -- mais pas son adversaire socialiste -- avait demandé le report du vote au niveau national, mais l'autorité électorale a rappelé que la loi ne prévoyait que des reports localisés, d'une semaine, et que les résultats seraient tout de même annoncés dès dimanche soir.
A ce stade, trois municipalités parmi les plus touchées par les intempéries des derniers jours ont annoncé le report du scrutin au dimanche suivant, a appris l'AFP auprès de la Commission nationale des élections (CNE).
C'est notamment le cas d'Alcacer do Sal, à une centaine de kilomètres au sud de Lisbonne, sévèrement touchée par la crue du fleuve Sado provoquée par les pluies déversées mercredi et jeudi par la dépression Leonardo.
La semaine dernière, ce sont les vents violents de la tempête Kristin qui ont balayé le centre du pays, faisant cinq morts, quelque 400 blessés et des dégâts très importants.
Et samedi, une nouvelle dépression devrait à nouveau frapper le pays.
- "Choqué" -
Dans ce contexte, les candidats à la présidentielle ont chamboulé leur programme et multiplié les déplacements dans les zones sinistrées au contact des populations affectées.
André Ventura, se posant en candidat de l'ensemble du camp "non socialiste" tout en s'attribuant le rôle de chef de l'opposition au gouvernement minoritaire de droite, en a profité pour accentuer ses critiques envers l'exécutif de M. Montenegro et sa gestion des intempéries.
Jusqu'ici beaucoup plus conciliant, car il se présente lui en tant que candidat "rassembleur", Antonio José Seguro a également durci le ton, en se disant "choqué" par le manque d'efficacité des services de secours et la difficulté de l'Etat à rétablir la normalité dans les zones affectées.
Un sondage publié mercredi par le quotidien de référence Publico créditait le socialiste Antonio José Seguro de 67% des intentions de vote, contre 33% pour le candidat d'extrême droite André Ventura.
M. Seguro, 63 ans, a remporté le premier tour il y a trois semaines avec 31,1% des suffrages, et obtenu depuis le soutien de nombreuses personnalités politiques issues de l'extrême gauche, du centre et même de la droite, mais pas du Premier ministre.
- "Démobilisation" -
M. Montenegro, qui s'appuie au Parlement tantôt sur les socialistes, tantôt sur l'extrême droite, a refusé de donner une consigne de vote pour le second tour après l'élimination du candidat soutenu par son parti, qui a obtenu 11,3% des voix au premier tour.
M. Ventura, 43 ans, a lui déjà franchi un nouveau palier en se qualifiant pour le second tour avec 23,5% des voix, confirmant la progression de son parti Chega ("Assez"), devenu la première force d'opposition à l'issue des élections législatives de mai 2025.
Si la victoire de M. Seguro semble acquise, les regards se porteront sur l'ampleur du score de M. Ventura, pour comprendre si cette élection marque une "consolidation" de sa base de soutien, une "sorte de stagnation", ou s'il arrive au contraire à "conquérir un nouveau public", explique à l'AFP Joao Cancela, professeur de sciences politiques à l'Université Nova de Lisbonne.
Mais, là aussi, les intempéries ont changé la donne car elles risquent vraisemblablement de provoquer une "démobilisation" des électeurs encore plus importante que celle déjà attendue en raison de la prévisible victoire du candidat socialiste, note ce politologue.
En revanche, il est plus difficile de prévoir si ce contexte peut favoriser M. Ventura et son discours en faveur d'une "refondation du système" politique, ou plutôt un candidat comme M. Seguro, "plus attaché à l'ordre institutionnel en vigueur", précise M. Cancela.
L.Durand--AMWN