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Japon: la Première ministre Takaichi a les coudées franches après son pari électoral réussi
La Première ministre ultra-conservatrice japonaise Sanae Takaichi a dorénavant les coudées franches pour poser son empreinte sur l'archipel, notamment en termes de dépenses publiques, après un triomphe électoral dimanche donnant au parti au pouvoir une majorité des deux-tiers à la chambre basse pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale.
Devenue en octobre la première femme à diriger le Japon et surfant depuis sur un état de grâce, Mme Takaichi a dissout fin janvier la chambre basse du Parlement où sa coalition gouvernementale avait tout juste la majorité.
Pari largement gagné: son Parti libéral-démocrate (PLD) aurait remporté environ 316 des 465 sièges, selon les médias locaux, citant des résultats partiels. Avec son partenaire de coalition minoritaire, ils obtiendraient 352 sièges.
Si les résultats officiels le confirment, Mme Takaichi, 64 ans, se voit donc octroyer un mandat solide pour mettre en œuvre son programme conservateur dans l'archipel de 123 millions d'habitants au cours des quatre prochaines années.
Elle s'inscrirait alors dans le sillage de son mentor Shinzo Abe (Premier ministre en 2006-2007 puis 2012-2020) qui avait profondément marqué le pays par ses positions nationalistes et son programme économique comprenant notamment des relances budgétaires.
La région Asie-Pacifique est toutefois attentive, alors que les tensions sino-japonaises ont pris une nouvelle ampleur depuis que Sanae Takaichi a laissé entendre en novembre que Tokyo pourrait intervenir militairement en cas d'attaque contre Taïwan, dont Pékin revendique la souveraineté.
La dirigeante a notamment fait adopter fin 2025 un plan de relance équivalent à 110 milliards d'euros, et promis d'exempter les produits alimentaires de la taxe à la consommation de 8% afin d'atténuer l'impact sur les ménages d'une inflation tenace.
"Nous avons constamment souligné l'importance d'une politique budgétaire responsable et proactive", a déclaré Mme Takaichi dimanche, assurant viser "une économie forte et résiliente".
Renforcée par la perspective de dépenses budgétaires accrues, la Bourse de Tokyo a bondi de plus de 5% lundi à l'ouverture, se hissant à un niveau record. Le yen grimpe également, mais le marché de la dette se trouve à nouveau sous pression, signe d'inquiétudes persistantes.
- Félicitations de Trump -
Mme Takaichi, qui a jugé "sans limites" le potentiel de l'alliance nippo-américaine, a reçu les félicitations du président américain Donald Trump, qui lui a notamment souhaité sur son réseau Truth Social "un grand succès dans la mise en œuvre de votre programme conservateur, axé sur la paix par la force".
Cette grande admiratrice de Margaret Thatcher, ex-batteuse de heavy-metal, est très populaire notamment auprès des jeunes, et est devenue un phénomène sur les réseaux sociaux.
Mais elle devra obtenir des résultats sur le plan économique pour rester populaire. "Avec la hausse des prix actuelle, ce qui compte le plus pour moi, ce sont les politiques qu'ils adopteront pour affronter l'inflation", confiait dimanche Chika Sakamoto, 50 ans, dans un bureau de vote tokyoïte.
"De nombreux électeurs n'ont pas soutenu Mme Takaichi en raison de ses politiques, mais plutôt dans l'espoir que le PLD mette fin à la stagnation économique", indique à l'AFP Tetsuo Kotani, chercheur à l'Institut japonais des Affaires internationales.
Tout en soulignant la difficulté à faire reculer l'inflation et le risque de hausses d'impôts "inévitables" pour financer un budget en forte expansion.
Et dans le bras de fer entre Pékin et Tokyo, le fait que Mme Takaichi ait refusé de retirer ses déclarations sur Taïwan "a contribué à accroître sa popularité", confie à l'AFP Margarita Estévez-Abe, maîtresse de conférences en sciences politiques à l'université de Syracuse.
Mais alors que la dirigeante ne doit plus affronter d'élections avant 2028, "le meilleur scénario pour le Japon serait (qu'elle) se concentre sur l'amélioration de la relation avec la Chine", avertit-elle.
Avant de devenir Première ministre, Mme Takaichi était considérée comme un faucon vis-à-vis de Pékin, se rendant par exemple régulièrement au sanctuaire Yasukuni, qui honore entre autres des criminels de guerre condamnés aux côtés de 2,5 millions de morts de guerre, et perçu comme un symbole du passé militariste du Japon.
Et bien qu'elle soit la première femme à gouverner son pays, Sanae Takaichi a montré peu d'appétence pour les revendications féministes, dans un monde politique japonais dominé par les hommes.
Elle affiche aussi son conservatisme sur l'immigration, ayant promis de durcir considérablement les contrôles.
kh-stu-mac-jug/ep/lpa
B.Finley--AMWN