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Thaïlande: Le Premier ministre victorieux grâce au nationalisme
Le Premier ministre conservateur thaïlandais Anutin Charnvirakul s'apprête à négocier la formation d'une nouvelle coalition gouvernementale, au lendemain de sa victoire surprise aux législatives portée par une campagne nationaliste.
Au pouvoir et en campagne, Anutin a usé du ressort nationaliste pour séduire l'électorat dans une période de reprise du conflit frontalier avec le Cambodge, qui a dégénéré en affrontements meutriers l'année dernière.
Le royaume d'Asie du Sud-Est évolue dans un contexte économique morose, rattrapé par ses voisins comme le Vietnam, et peine à renouer avec ses plus hauts niveaux de tourisme.
Le parti conservateur d'Anutin, le Bhumjaithai, doit sa victoire à "l'accent qu'il a mis sur son attachement au nationalisme et au roi", a commenté auprès de l'AFP Paul Chambers, chercheur associé à l'Institut ISEAS-Yusof Ishak à Singapour.
Ses promesses de campagne nationalistes ont résonné dans une société encore conservatrice et où les institutions telles que l'armée et la monarchie ont une influence considérable.
Interrogée par l'AFP près d'un centre commercial de Bangkok, Prae Sangmanee, couturière, 46 ans, qui a voté Anutin, confiait ainsi que la fin du conflit avec le Cambodge était sa priorité. "Si les frontières sont sécurisées, l'économie devrait pouvoir progresser", a-t-elle estimé lundi.
- Alliance "à l'étude" -
Avec près de 200 sièges, le parti pro-monarchie et pro-armée d'Anutin, a doublé son nombre de députés élus lors de ces élections anticipées par rapport au dernier scrutin de 2023, d'après les projections des médias locaux.
"Cela me rend très fier", a déclaré Anutin lundi matin à la presse devant le siège du gouvernement à Bangkok. Il ne devrait cependant pas obtenir la majorité absolue à la Chambre basse constituée de 500 députés, l'obligeant à nouer des alliances pour rester au sommet du pouvoir.
Le Parti du peuple (réformiste) a été largement distancé et obtiendrait autour de 120 sièges, une importante chute par rapport aux dernières élections qu'il avait remporté.
Interrogé par la presse sur l'éventualité d'une alliance avec le parti populiste Pheu Thai arrivé troisième, Anutin a assuré lundi matin que "tout est encore à l'étude" et soumis "à la réunion du parti".
Longtemps domniant sur la scène politlique thaïlandaise, le parti populiste Pheu Thai a enregistré dimanche son pire résultat depuis que l'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra a fondé sa dynastie politique au début du siècle.
Anutin a ainsi bénéficié de l'impopularité persistante du Pheu Thai.
L'image du Pheu Thai souffre de l'incarcération de Thaksin pour corruption, et de la destitution à l'été 2025 de sa fille, Paetongtarn Shinawatra. Il lui était reproché un excès de courtoisie envers un ancien dirigeant cambodgien.
Après avoir rompu son alliance avec le Pheu Thai, Anutin lui a succédé en septembre.
La Bourse thaïlandaise a réagi positivement lundi, bondissant de plus de 3%, tandis que le baht s'est également raffermi, après cette nette victoire augurant d'une plus grande stabilité politique, après que le royaume a connu trois Premiers ministres en deux ans.
La volonté d'Anutin de mener des réformes, essentielles pour enrayer le déclin de la croissance à long terme, reste cependant incertaine, estime Grace Lim, analyste chez Moody's Ratings.
- Pro-armée -
Riche hériter du BTP et pilote d'avion à ses heures, Anutin se veut néamoins proche du peuple. L'entreprise de sa famille, Sino-Thai Engineering, a notamment construit le Parlement à Bangkok.
Figure de la légalisation du cannabis en Thaïlande, il joue du saxophone et du piano sur les réseaux sociaux.
Avec ce résultat, "la Thaïlande va évoluer comme ces trois derniers mois. Nous verrons du nationalisme, une position forte sur le Cambodge et des mesures économiques. Rien ne changera", a commenté pour sa part Virot Ali, professeur de sciences politiques à l'université Thammasat.
Peu après avoir été choisi comme Premier ministre par le Parlement en septembre 2025, suite à la destitution de ses deux prédécesseurs du Pheu Thai, Anutin a autorisé les forces armées à prendre toutes les mesures qu'elles jugeaient appropriées à la frontière, sans en référer au gouvernement au préalable.
En campagne, il a parlé de construire un mur frontalier, de recruter 100.000 soldats volontaires, et de maintenir clos les postes-frontières fermés depuis juin.
Pour le chercheur Paul Chambers, la victoire de Bhumjaithai "permettra à l'armée de devenir encore plus autonome par rapport au contrôle civil".
La vie démocratique thaïlandaise est déjà contrainte par des institutions conservatrices dotées d'importants pouvoirs par la Constitution, héritée du coup d'Etat militaire de 2014 et des cinq années de régime militaire qui ont suivi.
cbur-sco-ega/clr
P.Stevenson--AMWN