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Ukraine: intenses bombardements russes sur Kiev, au moins un mort
En Ukraine, dans une centrale bombardée: "c'est notre vie" qu'ils frappent
L'équipe du soir avait beau savoir qu'une attaque massive se profilait cette nuit-là, "rien ne peut préparer à ça". Les deux frappes russes se sont abattues sur la centrale électrique ukrainienne, achevant de détruire le bloc déjà ravagé par un précédent bombardement.
Quelques jours plus tard, l'air sent toujours le brûlé. Un corbeau gelé gît dans la neige sous les portraits souriants d'employés du site, vestiges d'un temps de paix révolu.
Des chiens errent dans les décombres, entre les énormes tuyaux noircis et tordus, et les turbines à l'arrêt.
Des pompiers harnachés évoluent dans ce décor apocalyptique pour déblayer, et des ouvriers s'activent à réparer ce qui peut l'être, sous des températures frôlant parfois les -20 °C.
Cette centrale thermique de l'opérateur ukrainien privé DTEK, où l'AFP a pu se rendre dans le cadre d'une visite de presse à condition de ne pas révéler la localisation ni les noms des interlocuteurs, a été touchée par des tirs russes à plusieurs reprises depuis octobre.
La Russie a déclenché en 2022 son invasion à grande échelle de l'Ukraine, le conflit armé le plus sanglant en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale et qui a fait des dizaines, voire des centaines de milliers de morts.
Ces derniers mois, Moscou a aussi lancé une vague de bombardements massifs contre le réseau énergétique, privant des centaines de milliers de foyers de chauffage et d'électricité, au milieu de l'hiver le plus froid depuis des années.
Une destruction méthodique et délibérée pour provoquer une crise humanitaire dans le pays, accusent Kiev et ses alliés.
Les Ukrainiens ont inventé un nouveau mot, "Kholodomor" - signifiant approximativement extermination par le froid - en référence à l'"Holodomor", la grande famine en Ukraine organisée par Staline en 1932-1933.
- "Envie de pleurer" -
"Je travaille dans cette centrale depuis 27 ans. J'ai juste envie de pleurer", dit Volodymyr, 53 ans, le chef de brigade du service des turbines, dont l'équipe travaillait la nuit des frappes.
Personne n'a été blessé, mais les dégâts sont tels que la reprise de la production semble très lointaine - même si officiellement DTEK ne fournit aucun élément sur ces informations sensibles.
"Des centaines d'ouvriers et ingénieurs travaillent ici, jour et nuit, 24 heures sur 24, pour réparer autant que possible, mais cela va prendre du temps", admet Oleksandre Kouterechtchyne, 38 ans, responsable communication de DTEK.
Le groupe compte huit grosses centrales en Ukraine, mais trois d'entre elles sont désormais situées en territoires occupés et donc inaccessibles.
Depuis 2022, les infrastructures énergétiques ont été attaquées plus de 220 fois, dont 10 frappes massives depuis octobre dernier, selon les chiffres officiels.
- "Effrayant" -
Ces attaques ne font pas que détruire des infrastructures, elles sapent aussi le moral des communautés locales, dont la vie est souvent organisée depuis des décennies autour de ces centrales énergétiques, pourvoyeuses d'emploi et objet de fierté.
"Il y a des dynasties de travailleurs du secteur énergétique" dans la région, assure Oleksandre Kouterechtchyne.
Après la dernière frappe, "les gars sont immédiatement arrivés pour aider, même ceux qui étaient en repos ou en vacances", raconte Volodymyr. "C'est notre vie, vous comprenez?"
Dans la ville voisine de la centrale, Ania, 22 ans, explique que sa mère travaille depuis 30 ans au service administratif de la centrale DTEK.
Elle est en télétravail depuis la frappe, et ses collègues lui manquent. "Tous ces gens ont passé quasiment la moitié de leur vie au travail là-bas. Et maintenant tout est détruit...", explique Ania.
A ses côtés, Veronika, patronne d'un restaurant à seulement 24 ans, décrit la galère d'une vie quotidienne où l'électricité arrive toutes les cinq heures, pendant une heure.
Et les bombardements. La centrale est située derrière la forêt sur laquelle donnent les fenêtres de sa maison. "Bien sûr c'est effrayant", dit simplement Veronika, dont la tante de 45 ans travaille elle aussi à la centrale.
"Mais on finit par s'habituer. Le plus important est que les gens, les enfants, ne souffrent pas. Le métal, ça se reconstruit. Même si certains disent que tout est foutu, ce n'est pas vrai. Les cheminées (de la centrale) sont toujours debout, et nous aussi."
C.Garcia--AMWN