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Mali: blocus jihadiste sur la capitale Bamako, hommage sous haute sécurité au ministre de la Défense tué
Les jihadistes du JNIM ont commencé jeudi à imposer un blocus routier sur la capitale malienne Bamako où un hommage sous haute sécurité a été rendu au ministre de la Défense, Sadio Camara, tué dans les attaques pendant le weekend contre des positions stratégiques de la junte au pouvoir.
Mardi, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM, allié à Al-Qaïda) avait annoncé son intention de mener un blocus sur les accès à Bamako et menacé de lourdes représailles - pouvant aller jusqu'à la mort - toute personne qui persisterait à emprunter les axes routiers menant à la capitale et la ville voisine de Kati, fief de la junte.
Jeudi, des centaines de véhicules de transport et de marchandises se trouvaient immobilisés à différents points d'entrée de la ville, selon des transporteurs, notamment sur les axes menant vers Conakry, Abidjan, et Dakar, des villes portuaires vitales à l'économie du Mali, pays sahélien enclavé. Le trafic aérien vers les pays voisins reste, lui, maintenu.
Dans la matinée, un hommage national et sous haute sécurité a été rendu à Bamako au ministre Sadio Camara, en présence du chef de la junte malienne Assimi Goïta et devant des milliers de personnes.
Le général Camara, tué lors des attaques contre la junte, a été inhumé jeudi après-midi à Kati, ont indiqué à l'AFP un membre de sa famille et une source de sécurité
L'hommage qui lui a été rendu, au bataillon du génie militaire situé dans le centre-ville de la capitale malienne, s'est déroulé sous très haute sécurité, avec une forte présence de militaires lourdement armés, a constaté l'AFP.
Des check-points et des barricades ont été également installés sur tous les axes menant sur les lieux et les forces de sécurité procédaient à un contrôle strict des entrées.
Visages fermés, des milliers de personnes, parents, proches, amis, officiels du Mali, et des responsables officiels de pays voisins ont participé à la cérémonie, empreinte de solennité et de tristesse.
Des posters à l'effigie de Sadio Camara, 47 ans, étaient dressés un peu partout dans l'enceinte de la brigade. M. Camara était une figure-clef de la junte et considéré comme l'architecte du rapprochement de ces dernières années avec la Russie. Deux jours de deuil national avaient été décrétés par le gouvernement après sa mort.
Les obsèques se sont déroulées en présence des ministres de la Défense du Niger et du Burkina Faso, également dirigés par des juntes, et qui forment avec le Mali l'Alliance des États du Sahel (AES).
- "Héros" -
En tenue de combat et portant des lunettes noires, Assimi Goïta a rendu hommage au général Camara en s'inclinant devant son cercueil, recouvert du drapeau vert-jaune-rouge du Mali et sur lequel était posée sa casquette militaire.
"Il a contribué à définir les priorités du Mali en matière de défense. Il représentait une fidélité indéfectible à l'intérêt général. Malgré le poids des responsabilités, il n'a jamais dérogé à ses missions", a témoigné le Premier ministre Abdoulaye Maïga en évoquant M. Camara. "Vous êtes tombé en martyr. Vous êtes parti en héros", a-t-il lancé.
Bakary Camara, porte-parole de la famille, a de son côté rendu hommage à un "père, un époux et un fils attentif". "Il est tombé en martyr et son nom sera gravé au Panthéon de la reconquête de la patrie", a-t-il déclaré.
Les témoignages ont été ensuite suivis d'un défilé militaire en hommage au général Camara.
Sadio Camara a été tué samedi à Kati par un "véhicule piégé conduit par un kamikaze" ayant ciblé sa résidence, selon le gouvernement malien. Il a été élevé au grade de général d'armée à titre posthume.
- coup dur pour la junte -
Sa mort est un grave coup dur pour la junte, qui se retrouve dans une situation très difficile, alors que la ville stratégique de Kidal (nord) est désormais sous contrôle des groupes armés qui semblent continuer de progresser dans le nord.
Cette mort, les attaques d'ampleur et la perte de Kidal jettent également le doute sur les capacités de la junte à faire face aux menaces des groupes armés et mettent à mal sa rhétorique, qui affirmait jusqu'ici que sa stratégie de rupture, ses nouveaux partenariats étrangers et son effort militaire accru avaient permis d'inverser la tendance face aux combattants radicaux islamistes.
Le pays sahélien fait face à une situation sécuritaire critique, et est en proie à l'incertitude et à la fébrilité après les attaques coordonnées et simultanées de ces groupes armés à travers le pays, qui ont fait au moins 23 morts civils et militaires, selon une source hospitalière.
Mardi, M. Goïta a affirmé que la situation était désormais "maîtrisée", tout en reconnaissant un moment d'une "extrême gravité".
"La situation est loin d'être sous contrôle", a rétorqué mercredi le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, dans un entretien exclusif avec l'AFP, affirmant que le régime militaire "va tomber, tôt ou tard".
Moscou a de son côté affirmé jeudi que ses forces se maintiendraient au Mali, rejetant ainsi l'appel des rebelles à un retrait russe du pays.
lar-sd-sjd-mrb/cpy
F.Dubois--AMWN