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Salvador, le procès collectif entre "exhumation de la vérité" et opération "médiatique"
Le procès au Salvador des membres du gang de la Mara Salvatrucha, dont les dirigeants ont pour la plupart déjà été condamnés à des décennies de prison, relève autant d'un "acte d'exhumation de la vérité" que d'une opération "médiatique", estiment des experts consultés par l'AFP.
Les traits vieillis par le temps, les 22 membres de la hiérarchie historique (la "ranfla historica") du MS-13 ne sont plus que l'ombre des criminels qui ont fait du Salvador l'un des pays les plus dangereux du monde.
Accusés d'avoir commis plus de 29.000 meurtres, ils font partie des 486 membres de la MS‑13 jugés collectivement depuis deux semaines.
Tête rasée, menottés aux mains et aux pieds, assis sur des chaises en plastique dans leur prison de haute sécurité, ils suivent les audiences retransmises par haut‑parleurs.
Le Centre de confinement du terrorisme (Cecot), inauguré en janvier 2023, est le symbole de la "guerre" contre les gangs menée par le président Nayib Bukele depuis 2022. Elle a conduit à l'incarcération sans mandat judiciaire de quelque 92.000 suspects.
Des organisations de défense des droits humains redoutent que ce procès collectif ne conduise à la condamnation d’innocents, en l’absence d’une individualisation des responsabilités pénales.
Selon les autorités, quelque 63.000 membres du MS-13 sont incarcérés dans le pays.
- "C’est du spectacle" -
Plébiscité par la population pour avoir drastiquement fait baisser la violence et les homicides, le président Bukele, élu en 2019, justifie ce procès collectif au nom de la "responsabilité de commandement". Il va même jusqu’à le comparer au procès de Nuremberg.
Pour le criminologue Ricardo Sosa, il s'agit d'un "acte d'exhumation de la vérité".
Miguel Montenegro, de l'ONG Commission des droits de l'Homme, y voit plutôt une opération "médiatique", le prétexte de la "lutte contre les gangs" pour justifier l'état d'exception.
"C’est du spectacle", tacle Ingrid Escobar, de l’ONG Socorro Jurídico, soulignant que ces gros bonnets étaient détenus bien avant l’arrivée au pouvoir de M. Bukele.
Selon lui, "30.000 innocents" actuellement en détention pourraient être condamnés à l'issue du procès.
Borromeo Henriquez, dit "Diablito de Hollywood", 47 ans, purge depuis 1998 une peine de 87 ans pour 497 homicides.
Dirigeant historique de la MS-13 au Salvador, il avait été expulsé des Etats-Unis dans les années 1990.
Nés dans les rues de Los Angeles, aux Etats-Unis, au début des années 1990, les gangs ont terrorisé ce pays d'Amérique centrale pendant plus de trois décennies, se livrant à l'extorsion, au trafic de drogue, aux assassinats commandités, au trafic d'armes et à d'autres activités illégales.
- Un "système de pouvoir alternatif" -
Contrairement à la plupart des membres de gangs salvadoriens, il n'a pas le visage tatoué et porte des lunettes.
A ses cotés, sont jugés Carlos Tiberio Ramirez, alias "Snider de Pasadena", 49 ans, et Dionisio Aristides Umanzor surnommé "El Sirra de Teclas", 47 ans.
M. Ramirez, incarcéré depuis 2001, purge une peine de 94 ans de prison pour 500 homicides et M. Umanzor, arrêté en 1999, 67 ans pour 106 assassinats.
Elmer Canales, le "Crook de Hollywood", détenu aux Etats-Unis, est jugé par contumace.
Selon une enquête du média en ligne El Faro, il avait été libéré par le président Bukele en 2021 dans le cadre d'un "pacte" avec les gangs, ensuite rompu.
Ces groupes criminels ont contrôlé jusqu'à 80% du territoire salvadorien et ses hauts dirigeants, même derrière les barreaux, ont longtemps continué à diriger les opérations, affirme le gouvernement salvadorien.
Les chefs du MS-13 ont participé à des pourparlers qui ont abouti à des trêves temporaires, révélant leur proximité avec des élus politiques.
L'ex-président Mauricio Funes, décédé en 2025, avait été condamné en 2023 à 14 ans de prison pour avoir négocié avec les gangs.
Le MS-13, considéré comme organisation "terroriste" par les Etats-Unis, a cherché à construire "un système de pouvoir alternatif à l'Etat", souligne le criminologue Ricardo Sosa.
S.Gregor--AMWN