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Grèce: le retour d'Alexis Tsipras dans un paysage politique fragmenté
L’ex-figure européenne de la gauche radicale, le Grec Alexis Tsipras tente un retour risqué sur une scène politique fragmentée, espérant profiter des scandales qui éclaboussent le gouvernement conservateur à l’approche des élections prévues l’an prochain.
Après trois ans de retrait de l'avant scène politique, l'ancien Premier ministre (2015-2019) a annoncé mardi le lancement d'un parti politique, l'Alliance de la gauche grecque (ELAS).
Cette nouvelle formation qu'il a présentée comme "une boussole pour une nouvelle Grèce", rassemble "la gauche radicale, la social-démocratie et l’écologie politique".
L'objectif est clair: après près de sept ans de règne de la droite du Premier ministre Kyriakos Mitsotakis, la Grèce a besoin d'"une grande refondation démocratique et sociale".
Il faut "mettre fin à l’autoritarisme et à la corruption qui sont la marque du gouvernement actuel", a-t-il insisté.
- Déloger Mitsotakis -
L'objectif de celui qui, en 2015, s'était engagé dans un bras de fer avec les créanciers d'une Grèce au bord de l'asphyxie financière, est de "tenter de se présenter comme la force capable de déloger Mitsotakis", juge auprès de l'AFP Antonis Papargiris, directeur de recherche de l’institut de sondage GPO.
Il "veut s'assurer la deuxième place et le rôle de chef de l’opposition" à l'issue des élections législatives prévues en 2027, poursuit-il.
Mais dans sa ligne de mire figurent surtout les élections "après 2030 lorsqu'il tentera de véritablement briguer le pouvoir", selon M. Papargiris.
Selon de récents sondages, jusqu’à 18% des personnes interrogées se disent prêtes à soutenir un parti qu'il dirigerait, ce qui pourrait le placer en deuxième position.
Laminé par le parti conservateur de M. Mitsotakis, Nouvelle-Démocratie (ND), en 2023, Alexis Tsipras veut profiter de l'usure du pouvoir qui gagne le chef du gouvernement.
Kyriakos Mitsotakis veut briguer un troisième mandat et malgré un fort recul des intentions de vote, son parti reste en tête.
Les élections législatives doivent se tenir au printemps 2027 mais pourraient, selon plusieurs médias, être avancées à l'automne, M. Mitsotakis cherchant ainsi à prendre de court ses adversaires politiques.
La vie chère dans un pays où les salaires sont parmi les plus bas de l'UE et une série de scandales ont entaché la popularité du gouvernement.
"L’Etat est tombé entre les mains d’une caste qui le considère comme un butin", a tancé M. Tsipras.
Le gouvernement est secoué par une affaire retentissante de détournement de subventions agricoles de l'Union européenne qui a déjà coûté leur poste à trois ministres, ainsi que par un scandale d’écoutes téléphoniques illégales.
- atermoiements -
Les lenteurs et atermoiements de la justice dans son enquête sur les causes de la collision ferroviaire meurtrière de février 2023 ont également alimenté la colère des Grecs.
Ainsi près de 80% des Grecs estiment que les lois ne sont appliquées que "sélectivement" dans un pays gangréné par le clientélisme et le népotisme, selon un sondage d'Alco réalisé en mai.
Le nom du nouveau parti d'Alexis Tsipras a immédiatement soulevé des critiques. ELAS est en effet l’acronyme de la police grecque et le nom de l'armée de la résistance communiste qui a combattu les nazis durant la Seconde Guerre mondiale.
Certains alliés d'autrefois reprochent à cet ancien des jeunesses communistes son large recentrage.
"Je pense qu’Alexis Tsipras considère que l’histoire de la gauche est terminée pour lui", a récemment ironisé son ancien ministre des Finances, Euclide Tsakalotos, sur la chaîne Action24.
Ce lancement, savamment mis en scène avec un discours dans le centre historique d'Athènes, le Parthénon illuminé en toile de fond, intervient moins d'une semaine après la naissance d'un autre parti politique, par la mère d'une victime de la catastrophe ferroviaire de 2023, Maria Karystianou.
Le paysage politique en Grèce apparaît de plus en plus fragmenté avec déjà huit partis représentés au Parlement, un chiffre qui pourrait encore croître à l'issue du prochain scrutin.
L’ancien Premier ministre conservateur Antonis Samaras, critique de longue date de M. Mitsotakis, est également fortement pressenti pour lancer une offensive, assurent de nombreux observateurs.
Kyriakos Mitsotakis a d'ailleurs ironisé sur cette "véritable (tour de) Babel politique dont le seul dénominateur commun est l’attaque permanente contre le gouvernement".
A.Mahlangu--AMWN