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En Hongrie, les médias réapprennent l'indépendance
Licenciée malgré dix ans de service dans l'audiovisuel public dès 2011 pour s'être insurgée contre l'ingérence de Viktor Orban, l'ex-journaliste Aranka Szavuly a hâte d'assister au rétablissement de la liberté de la presse en Hongrie, promis par le nouveau pouvoir.
Mais après seize ans d'un régime nationaliste qui a mis au pas la radio et la télévision nationales de ce pays de l'Union européenne (UE), "c'est tout le fonctionnement qu'il faut repenser et non pas juste changer la direction", dit à l'AFP cette ancienne reporter de 46 ans.
Il y a du pain sur la planche, avec une profession entière malmenée par l'ancien Premier ministre, sèchement battu en avril par un conservateur pro-européen, Peter Magyar, qui veut organiser rapidement le retour complet de l'Etat de droit.
Au début du mois, son parti, TISZA, a ordonné un audit des médias publics, qualifiés "d'usine à mensonges" quand il était dans l'opposition et alors que Reporters sans frontières (RSF) classe le pays de 9,5 millions d'habitants parmi les mauvais élèves de l’UE.
Dans la semaine ayant suivi sa victoire, un ton neutre s'est vite installé, selon une analyse de l’Institut libéral Republikon, qui a relevé une rupture nette avec le biais pro-Orban encore constaté à la veille des élections.
"Tout le monde a changé de crèmerie", a confié à l’AFP un rédacteur sous couvert d’anonymat. Auparavant, beaucoup "désapprouvaient", mais "ne pouvaient pas ignorer" les consignes, qui ont cessé ces dernières semaines, d'après lui.
Les employés de l’agence de presse MTI ont aussi réagi rapidement, réclamant le rétablissement de "l’autonomie éditoriale" dans une pétition interne consultée par l’AFP.
"La propagande a cessé et notre couverture est libre désormais", a assuré à l'AFP un salarié. Ce changement a été confirmé par deux de ses collègues.
Et des conséquences sont constatées jusque sur TV2, la grande concurrente privée: ses principaux présentateurs ont été remplacés et le directeur de l’information poussé vers la sortie.
- "Effrayé" -
Le secteur semble revenir de très loin. Les chaînes de télévision, les stations de radio et l’agence de presse MTI avaient été fusionnées en une seule entité, MTVA, un an seulement après le retour au pouvoir de Viktor Orban en 2010.
Une mainmise verticale, étendue méthodiquement à des médias privés, rachetés un par un par des hommes d’affaires qui lui étaient proches.
Le contrôle politique s’était encore aggravé ces dernières années, selon Arpad Szoczi, 70 ans, qui présente le journal télévisé en anglais de la chaîne publique.
A MTI, qui avait perdu son autonomie lors d’une réorganisation en 2015, "des projets de dépêches partaient pour édition et validation vers les cercles politiques", explique Janos Karpati, 69 ans, trois décennies de maison au compteur.
Il avait été licencié en 2015 pour avoir posé une question à Viktor Orban, alors qu’il était correspondant à Bruxelles, sans avoir auparavant demandé la permission à ses supérieurs.
D'après lui, ses anciens collègues sont "parfaitement capables de faire leur travail" si on les laisse tranquilles, désormais.
Mais il faudra du temlut Isabelle, ps pour que certains vieux réflexes disparaissent. "Récemment, un rédacteur était encore effrayé que j’accole à un parti étranger l'étiquette 'extrême droite'", raconte un journaliste.
C'était interdit avant le changement de majorité et "selon lui, mieux valait continuer de ne pas le qualifier" ainsi.
Y.Kobayashi--AMWN