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Poutine attendu sur l'économie en berne à Saint-Pétersbourg, sous la menace des drones ukrainiens
Le président Vladimir Poutine doit prendre la parole vendredi à Saint-Pétersbourg lors d'un important forum d'investissements rassemblant responsables russes et étrangers, au moment où les craintes se font grandissantes sur une stagnation de l'économie russe.
Mercredi, à l'ouverture de l'événement dans l'ancienne Leningrad soviétique, ville natale de M. Poutine, des drones ukrainiens avaient frappé une installation pétrolière et un site militaire à proximité. Les invités arrivant au forum ont été accueillis avec un panache de fumée noire en arrière-plan.
A la veille de son discours, point d'orgue de la rencontre annuelle, Vladimir Poutine a été interpellé par Volodymyr Zelensky qui a réitéré sa proposition de cessez-le-feu "complet" et lui a proposé une rencontre en tête-à-tête.
"Vos ressources diminuent considérablement. Vous n'aurez pas assez d'argent ni de capital politique pour continuer à acheter la loyauté des Russes comme vous l'avez fait ces 26 dernières années", a averti le président ukrainien dans une lettre ouverte.
Plus de quatre ans après le début de la guerre contre l'Ukraine, la Russie fait face à de multiples sanctions occidentales, une inflation élevée, des coûts d'emprunt prohibitifs et des pénuries de main-d'oeuvre, qui placent son économie dans une situation délicate.
Alors que la situation sur le front est proche de l'impasse, l'Ukraine multiplie les frappes sur les dépôts, raffineries de pétrole et oléoducs russes pour priver Moscou de l'une de ses principales sources de revenus.
- "Lente dégradation" -
"L'économie russe entre dans une phase de stagnation, marquée par des taux d'intérêt élevés et une forte pression inflationniste", relève jeudi Alexandre Koliandre, économiste russe basé à Londres.
Pour autant, la Russie ne risque selon lui pas un retour à la crise chaotique des années 1990. "Il s'agit simplement d'une lente dégradation de tous les secteurs", explique-t-il à l'AFP.
Vladimir Poutine a jusqu'à présent minimisé les difficultés de l'économie russe, préférant insister sur sa résilience face aux sanctions occidentales.
Interrogé par l'AFP au sujet des difficultés économiques de la Russie, le dirigeant russe a cité l'auteur américain Mark Twain jeudi, lors d'une rencontre avec des responsables d'agences de presse internationales.
"Les rumeurs sur ma mort sont grandement exagérées", a lancé M. Poutine, rejetant l'idée que la Russie soit au bord d'une crise majeure.
Le PIB russe s'est contracté de 0,2% au cours des trois premiers mois de l'année, selon les statistiques officielles — la première baisse trimestrielle en trois ans.
Et l'Etat a affiché un déficit budgétaire de 80 milliards de dollars au cours des quatre premiers mois de 2026 — soit l'équivalent de 2,5% du PIB annuel et plus que ce qui était prévu pour l'ensemble de l'année.
- Ancien "Davos russe" -
Mais la Russie est l'un des pays développés les moins endettés au monde (environ 15% du PIB fin 2025) et dispose d'un fonds souverain d'environ 156 milliards d'euros. Ses exportations d'hydrocarbures connaissent une hausse considérable depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, qui a bouleversé les marchés énergétiques.
Le Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) était autrefois surnommé le "Davos russe" et les investisseurs occidentaux s'y pressaient pour conclure des accords et côtoyer l'élite russe.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, il est devenu une illustration de la nouvelle place de la Russie dans le monde. Les invités viennent désormais de Chine et d'Arabie saoudite et les Américains et Européens se font plus rares.
Cette année, des personnalités telles que l'ancien acteur hollywoodien Steven Seagal, devenu partisan de Poutine, la figure complotiste américaine Candace Owens ou des députés du parti d'extrême droite allemand AfD ont été conviés.
- Coupures d'internet -
Les Russes sont, eux, de plus en plus nombreux à souffrir de la hausse du coût de la vie.
Des petites et moyennes entreprises interrogées par l'AFP ont affirmé qu'elles risquaient de fermer.
"Les gens ont moins d'enfants, se serrent la ceinture, et les coûts augmentent", explique Svetlana, propriétaire d'une marque de vêtements à Khabarovsk, une ville de l'Extrême-Orient russe.
Les coupures d'internet — imposées officiellement pour contrer les frappes de drones ukrainiens — font que son terminal de paiement par carte est souvent hors service.
Cette femme de 40 ans s'inquiète aussi "des amendes dues aux nouvelles lois et au flot incessant de nouvelles exigences".
Vera, 42 ans, propriétaire d'un salon de beauté dans la région de Moscou, a vu le prix de ses fournitures "doubler" cette année. Mais après avoir survécu à une "quasi-faillite" en 2022, elle est convaincue que "ces difficultés ne sont que des désagréments".
P.Silva--AMWN