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Au Pérou, le prochain président devra tenter de survivre à un Parlement tout-puissant
Une parlementaire se faisait couper les ongles des pieds par son assistant, tandis que d'autres ont été accusés d'abus sexuels ou de corruption. Malgré son discrédit, le puissant Parlement péruvien a contribué depuis dix ans à la chute de plusieurs présidents.
Celui qui sera élu dimanche lors du second tour de la présidentielle, sera le neuvième chef de l'Etat depuis 2016. Rien ne dit qu'il terminera son mandat.
Keiko Fujimori, fille de l'ancien président autocrate Alberto Fujimori, qui a gouverné d'une main de fer dans les années 1990, s'oppose au candidat de gauche Roberto Sanchez, héritier politique de l'ancien chef de l'Etat emprisonné Pedro Castillo.
Au Pérou, le système est présidentiel en théorie, mais presque parlementaire dans les faits, résument plusieurs analystes et simples électeurs.
"Le peuple élit un président et le Parlement le renverse", déplore Leonidas Valdez, un conducteur de moto-taxi de 49 ans d'un quartier populaire du nord-est de Lima.
"Nous sommes devenus la risée des autres pays, qui nous voient changer de président sans cesse", regrette Julio Raurau, un chauffeur de bus de 48 ans du même quartier de la capitale.
Au cœur de cette instabilité figure un article de la Constitution permettant au Parlement de déclarer la "vacance" de la présidence pour "incapacité morale permanente", une notion aux contours flous qui a servi à évincer plusieurs chefs de l'Etat.
Depuis son application pour la première fois contre Alberto Fujimori en 2000, ce mécanisme a fait chuter directement cinq présidents. Les autres ont été poussés à la démission.
Ce pouvoir restera entre les mains du prochain Parlement élu le 12 avril même s'il redeviendra bicaméral pour la première fois depuis plus de 30 ans.
"Les réformes maintiennent un système où le Parlement conserve un pouvoir considérable", souligne auprès de l'AFP Paulo Vilca, de l'Institut d'études péruviennes (IEP).
Ni le parti Fuerza Popular de Keiko Fujimori ni Juntos por el Perú de Roberto Sanchez ne disposeront d'une majorité. "La tentation de la destitution existera toujours", estime le politologue Fernando Tuesta.
- Scandale des "mochasueldos" -
Selon lui, Keiko Fujimori serait toutefois mieux protégée grâce au poids de son parti, qui détiendra environ un tiers des sièges dans chacune des deux chambres.
La droite apparaît en outre mieux placée pour nouer des alliances, comme elle l'a fait ces dernières années.
Cette puissance institutionnelle ne s'accompagne toutefois pas d'une forte légitimité populaire.
Le Parlement a terminé l'année 2025 avec un taux de désapprobation de 87%, selon un sondage Ipsos. Au cours des cinq dernières années, le parquet a ouvert des enquêtes visant 67 parlementaires pour un total de quelque 700 infractions présumées.
La plupart de ces affaires concernaient des détournements de fonds publics. L'un des scandales les plus répandus a été celui des "mochasueldos", ces élus accusés de prélever une partie du salaire de leurs collaborateurs en échange de leur emploi.
Parmi les autres affaires retentissantes figure celle du député Freddy Diaz, condamné en 2024 à plus de 13 ans de prison pour avoir drogué et violé une employée dans son bureau.
Le Parlement a aussi été éclaboussé par des affaires plus insolites, dont celle dite de la "coupe-ongles", devenue virale en 2025 après qu'une parlementaire a été photographiée dans son bureau pendant qu'un assistant lui coupait les ongles des pieds.
Pour le politologue Arturo Maldonado, les partis disposent de "filtres très faibles" pour sélectionner leurs candidats, ouvrant la voie à des élus qui cherchent parfois à tirer un avantage personnel de leur mandat.
"On ne sait pas vraiment entre quelles mains nous allons tomber", soupire Carmen Zuñiga, 50 ans, employée d'une cantine populaire du sud de Lima, illustrant la faible confiance de nombreux Péruviens envers le futur Parlement.
A.Jones--AMWN