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La mangue du Pakistan, victime collatérale de la guerre dans le Golfe
Dans la campagne autour de Tando Allahyar, dans le sud du Pakistan, la saison des mangues bat son plein et la récolte va bon train.
Mais les mines sont graves: la guerre au Moyen-Orient compromet gravement les exportations de ce trésor local.
Le conflit a fait chuter la demande des pays du Golfe, un de ses principaux débouchés, et multiplié les prix du transport par quatre ou cinq, selon la filière.
Et le fragile protocole d'accord signé mercredi entre Washington et Téhéran, avec la médiation du Pakistan, intervient trop tard pour inverser la tendance.
"Nous essuyons déjà des pertes énormes", déplore Mohammad Shakeel, un exploitant, soulignant que certains de ses pairs ont renoncé à récolter malgré les frais avancés.
Particulièrement parfumée et juteuse, la variété sindhri à chair dorée qu'il produit fait toujours sa fierté. Mais plus sa fortune.
Aujourd'hui, M. Shakeel dit ne même plus être sûr de couvrir les frais de location et d'exploitation de ses vergers, qui s'étendent sur près d'un millier d'hectares.
Avec quelque 25 variétés cultivées, le Pakistan est le quatrième exportateur mondial de mangues, pour 110 millions de dollars par an d'ordinaire.
Une manne pour ce pays qui reste l'un des plus pauvres au monde.
Mais les exportations de mangues vont chuter de près de 30% cette année, à 80.000 tonnes, selon Waheed Ahmed, dirigeant du syndicat professionnel All Pakistan Fruit and Vegetable Exporter Association.
"Près de 80% des exportations de mangues vont normalement dans la région du Golfe, l'Iran et l'Afghanistan", rappelle-t-il à l'AFP.
- Du pain ou des mangues -
Or aujourd'hui, "la frontière avec l'Afghanistan est fermée, il y a la guerre en Iran, il y a la guerre dans tout le Moyen-Orient", déplore ce responsable.
Et malgré le protocole d'accord conclu entre Américains et Iraniens en vue de mettre fin aux hostilités, "les principales difficultés demeurent", souligne M. Ahmed.
Un exemple? De 1.400 dollars l'an passé, le prix d'expédition d'un conteneur de 25 tonnes de mangues "est passé à 6.000, 7.000 dollars cette année". Et il n'est pas près de retomber à son niveau originel, note le dirigeant.
Or les débouchés alternatifs manquent. Les relations avec l'Afghanistan voisin sont rompues depuis des bombardements à l'automne et la demande intérieure cale sur fond d'inflation à 10% en raison de la guerre dans le Golfe.
Dans ce contexte, les mangues, bien que bradées, peinent à trouver preneur.
A 200 roupies le kilo (65 centimes d'euro) en moyenne, elle s'affichent à la moitié du prix normal, relève Muhammad Ashad en parcourant un marché de Karachi, la métropole du sud du pays.
"Il y a des belles mangues partout. Elle sont vraiment bon marché par rapport aux autres années. Mais malgré tout les gens n'ont pas les moyens d'en acheter", relève ce client.
Waheed Ahmed, le représentant de la filière agricole, ne dit pas autre chose. "Tout augmente et les revenus sont bas. Entre du pain et nos mangues, la question ne se pose pas", note-t-il.
Aussi, faute de filière de transformation pour les sécher, en faire du jus ou de la compote, des tonnes de succulentes mangues pakistanaises risquent de finir comme nourriture pour le bétail, se désole la profession.
Quand elles ne sont pas juste laissées à pourrir dans les vergers.
A.Mahlangu--AMWN