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Marc Bloch, l'historien résistant, aux portes du Panthéon
Deux cercueils avancent, lentement, vers le fronton "Aux Grands hommes la Patrie reconnaissante" : peu après 21H00, la cérémonie d'entrée au Panthéon de l'historien Marc Bloch, soldat et résistant assassiné par la Gestapo, et de son épouse Simonne a commencé, au coeur de Paris, dans une ambiance empreinte de solennité.
Emmanuel Macron, arrivé quelques minutes avant, accompagné de son épouse, a donné le coup d'envoi au son de La Marseillaise de ce rituel républicain, qui rend aussi hommage à l'auteur de "L'Etrange défaite", ouvrage majeur sur la Débâcle de 1940 dont les enseignements résonnent encore aujourd'hui.
Peu avant la tombée de la nuit, un extrait du testament spirituel de Marc Bloch, écrit en 1941, emplit l'esplanade du Panthéon, dans la voix de la comédienne Lou de Laâge: "Je me suis, toute ma vie durant, efforcé, de mon mieux, vers une sincérité totale de l’expression et de l’esprit. Je tiens la complaisance envers le mensonge, de quelques prétextes qu’elle puisse se parer, pour la pire lèpre de l’âme".
Le portrait de Marc Bloch, moustache et fines lunettes rondes, se détache au-dessus des tribunes parées de bleu et rouge, où jeunes élèves et étudiants ont pris place.
A deux pas, le lycée Louis-le-Grand où l'historien a étudié et La Sorbonne où il enseigna avant d'en être chassé par les lois antisémites du régime de Vichy.
La famille, l'ancien président François Hollande, l'ex-Première ministre Elisabeth Borne, les présidents de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet et du Sénat Gérard Larcher, l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon ont pris place sous la coupole du Panthéon.
L'acteur Jacques Gamblin entame le récit de la vie de l'historien, en commençant par la fin, dans la cellule de la prison Montluc à Lyon, dans les heures précédant son exécution le 16 juin 1944.
Emmanuel Macron va l'honorer "à la fois comme héros, combattant de la Résistance, intellectuel engagé et républicain, professeur historien, et comme conscience".
Il s'agit de la sixième panthéonisation de ses deux quinquennats, après celles de Simone Veil, l'écrivain Maurice Genevoix, Joséphine Baker, le résistant Missak Manouchian et Robert Badinter.
Les descendants ont souhaité que celui de l'historien continue de reposer dans un village de la Creuse. Celui de Simonne, morte à Lyon sous un faux nom en juillet 1944, n'a pas été retrouvé.
Les deux cénotaphes renferment des objets symboliques, médailles, le testament spirituel de Marc Bloch en 1941, des photos et des lettres de son épouse à ses enfants.
Marc Bloch est une référence intellectuelle pour Emmanuel Macron, assurent ses proches.
Fin 2024, en annonçant sa panthéonisation, le président Macron avait évoqué ce "témoin du désastre de 1940" - l'armistice conclu avec l'Allemagne nazie après la déroute de l'armée française - qui "écrivit pour les générations à venir le récit de cette +Etrange défaite+, celle de notre volonté française émoussée par le conservatisme, endormie par le conformisme, amollie par la bureaucratie, délaissée par une partie de ses élites".
- Passe d'armes Bardella-Mélenchon -
L'historien "dit quelque chose de notre époque", a déclaré M. Macron au Figaro. Il met en avant son rapport à la "vérité historique" alors que "le révisionnisme" est "partout".
La famille avait demandé que l'extrême droite soit "exclue" de la cérémonie, même si certaines invitations sont imposées par le protocole. Marine Le Pen, pour le Rassemblement national, mais aussi Sarah Knafo, pour Renconquête!, ont fait savoir qu'elles seraient absentes.
Mais à quelques heures de la panthéonisation, Jordan Bardella a rendu hommage sur X à celui qui a su dresser "un réquisitoire implacable" contre "l'aveuglement d'une partie des élites françaises qui ont conduit notre pays à l'abîme en 1940". En réponse, l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon a laissé entendre que les fondateurs du parti lepéniste étaient du côté des responsables de cet "abîme".
"Le programme que défend l'extrême droite va totalement à l'encontre de Marc Bloch et pourtant, depuis une vingtaine d'années, l'extrême droite se met à le citer de façon permanente", a déploré sur franceinfo son arrière-petit-fils, Matis, également historien.
Marc Bloch, cofondateur de la revue des Annales d'histoire économique et sociale en 1929, a révolutionné l'étude de l'Histoire en l'ouvrant à l'anthropologie, l'économie et la sociologie.
Médiéviste, il se penche aussi sur des sujets à la résonance très contemporaine, comme le mécanisme de propagation des rumeurs dans les "Rois thaumaturges".
L'universitaire, déjà mobilisé en 1914-1918, une nouvelle fois à sa demande en 1939, entre dans la clandestinité en 1943 à Lyon dans le mouvement Franc-Tireur.
Arrêté le 8 mars 1944, il est torturé par la Gestapo puis exécuté, avec d'autres détenus, au bord d'un champ en criant "Vive la France".
La famille s'est opposée à toute "récupération communautaire" de ce juif athée, qui "n'avait foi qu'en une seule idée, la République", a-t-elle écrit dans une lettre au chef de l'Etat.
P.Costa--AMWN