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IA: la Chine veut des règles face au risque de "perte de contrôle"
Le Premier ministre chinois Li Qiang a plaidé mercredi pour une gouvernance renforcée de l'intelligence artificielle (IA), avertissant qu'un manque de régulation de ce secteur en plein essor pouvait entraîner une "perte de contrôle" dévastatrice.
Il s'exprimait devant un parterre de décideurs politiques, d'innovateurs et d'experts à Dalian (nord-est de la Chine), lors du "Davos d'été", la version estivale du rendez-vous annuel organisé en Suisse par le Forum économique mondial.
"Le rythme des progrès technologiques est d'une rapidité sans précédent" et "l'intelligence artificielle, en particulier, a considérablement accru l'efficacité de l'innovation", a indiqué Li Qiang dans son discours.
"Cependant, nous ne pouvons pas fermer les yeux sur les risques de perte de contrôle des technologies et de dérive éthique, de plus en plus prégnants dans l'évolution actuelle. Si la gouvernance nécessaire ne suit pas le rythme, les conséquences pourraient être lourdes", a-t-il souligné.
Les craintes grandissent face aux bouleversements que l'IA provoque sur l'emploi, aux risques qu'elle échappe au contrôle humain, aux biais discriminatoires qu'elle peut générer, sans oublier les cyberattaques et son déploiement potentiel lors de conflits armés.
La Chine avait appelé le mois dernier les États-Unis à travailler avec elle pour promouvoir la gouvernance dans l'intelligence artificielle et avait fait état de la création d'un dialogue intergouvernemental sur ce sujet, source d'une intense rivalité bilatérale.
Mirek Dusek, directeur général du Forum économique mondial, a déclaré mardi à l'AFP que l'IA offre "une chance immense de faire un bond en avant" dans plusieurs domaines comme l'accès à l'éducation ou la santé.
"Nous avons bénéficié ces derniers temps de nombreuses avancées technologiques. Mais l'impératif majeur pour les décideurs du monde entier est de savoir comment faire en sorte que cela se traduise concrètement dans l'économie réelle", a-t-il souligné.
- Une Chine "refuge" -
Au delà-de l'IA, la guerre opposant l'Iran aux États-Unis et à Israël a fragilisé l'économie mondiale depuis le début de l'année, avec ses retombées sur le trafic maritime et les acheminements d'hydrocarbures.
Ces vents contraires ont conduit la Banque mondiale à abaisser en juin ses prévisions de croissance mondiale pour 2026, à leur niveau le plus bas depuis la pandémie de Covid-19 (+2,5%).
L'économie mondiale est confrontée à "un climat assez morose", constate M. Dusek.
Li Qiang a voulu faire passer mercredi le message que l'économie chinoise résiste.
Il a vanté sa "bonne dynamique", présentée comme un "refuge" face aux "multiples perturbations que sont les pénuries d'énergie et les graves blocages affectant les chaînes d'approvisionnement et de production à l'échelle mondiale".
L'économie chinoise a "apporté une dose précieuse de certitude à un monde de plus en plus incertain", a-t-il assuré.
La Chine représente un tiers de la croissance mondiale. Mais elle vise pour 2026 une croissance de seulement 4,5 à 5% - son objectif le plus bas depuis plus de trois décennies.
Cette ambition reflète les réalités intérieures et internationales: commerce extérieur florissant, vitalité des hautes technologies et de l'industrie verte, mais aussi déséquilibres économiques structurels et rivalité exacerbée avec les États-Unis.
- Piège de Thucydide -
Pour Graham Allison, professeur à la Harvard Kennedy School et interlocuteur officieux des responsables chinois et américains, une guerre entre les deux puissances reste une hypothèse.
M. Allison est connu pour son concept de "piège de Thucydide", cité en mai par le président chinois Xi Jinping lors d'un sommet avec son homologue Donald Trump à Pékin.
Le "piège" réside dans "la dangereuse dynamique à l'oeuvre quand une puissance en voie d'ascension rapide comme la Chine durant la dernière génération vient bousculer une puissance dominante établie" comme les États-Unis, rappelle-t-il.
Malgré les précédents historiques inquiétants, Graham Allison veut croire que les échanges entre les deux présidents laissent entrevoir l'espoir d'éviter une guerre.
Donald Trump est "imprévisible à sa manière" et la guerre contre l'Iran était une "erreur inutile", dit-il. Mais le locataire de la Maison Blanche comprend que "la Chine, c'est autre chose".
La politique chinoise consistant à réagir aux droits de douanes américains en rendant coup pour coup en 2025 a fait comprendre à M. Trump qu'il avait "désormais affaire à quelqu'un qui est à peu près son égal".
F.Schneider--AMWN