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OpenAI déploie son nouveau modèle sous tutelle du gouvernement américain
Le gouvernement américain validera, client par client, qui peut accéder au nouveau modèle d'OpenAI, GPT-5.6, lancé vendredi en accès restreint seulement aux Etats-Unis: un degré de contrôle étatique inédit sur la diffusion de l'intelligence artificielle (IA) de pointe, devenue un enjeu mondial de sécurité et de souveraineté.
OpenAI a précisé de n'ouvrir cette actualisation, dans un premier temps, qu'à un groupe restreint de partenaires de confiance, tous basés aux Etats-Unis et dont l'identité a été communiquée au gouvernement.
La gamme GPT-5.6 dévoilée vendredi comprend trois nouveaux modèles: Sol, le plus puissant des créateurs de ChatGPT; Terra, un modèle de milieu de gamme; et Luna, une option rapide et peu coûteuse.
OpenAI précise que Terra sera facturé moitié moins cher que son prédécesseur GPT-5.5, alors que l'entreprise cherche à fidéliser ses clients en pleine concurrence acharnée avec Anthropic, Google et les modèles chinois en accès libre et gratuit, comme DeepSeek.
Ce contrôle gouvernemental sur la sortie de GPT-5.6 entérine le tournant pris par l'administration Trump, jusqu'ici dominée par les opposants à toute régulation de l'IA, accusée de freiner l'innovation en pleine compétition avec la Chine.
Ce déploiement restreint intervient surtout deux semaines après que le gouvernement américain a suscité un tollé mondial en contraignant Anthropic, grand rival d'OpenAI, à couper l'accès à ses modèles de pointe, Fable 5 et Mythos 5, au nom de la sécurité nationale.
Les modèles Mythos d'Anthropic comme la gamme GPT-5.6 d'OpenAI suscitent de vives inquiétudes en raison de leur capacité, jugée sans précédent, à repérer des vulnérabilités logicielles, ces failles dans le code informatique que les pirates peuvent exploiter.
Anthropic avait pourtant lui aussi entouré le lancement de Mythos de précautions.
En l'absence de régulation étatique, il avait décidé seul, début avril, de le réserver à un cercle d'entreprises et d'institutions de confiance, récoltant des accusations de "marchand de peur" pour cette initiative, y compris dans l'entourage du président Donald Trump.
Mais le 12 juin, trois jours après le déploiement mondial de Fable 5, une version bridée grand public de Mythos, le gouvernement a ordonné d'en couper l'accès à "tout ressortissant étranger, à l'intérieur ou à l'extérieur des Etats-Unis", y compris les propres employés d'Anthropic. Incapable de cloisonner, l'entreprise a tout suspendu.
La mesure, prise selon le gouvernement en raison de failles de sécurité détectées, s'inscrit aussi dans un vif contentieux qui oppose Anthropic à l'administration Trump.
La start-up s'affiche depuis longtemps comme la voix la plus favorable à une régulation préventive et éthique de l'IA, à rebours de la ligne dérégulatrice initialement portée par la Maison Blanche au nom de la compétitivité face à la Chine.
- Trouver "une solution plus viable" -
Le groupe OpenAI s'est, à l'inverse, mieux tiré de ses négociations avec Washington: son patron Sam Altman a annoncé jeudi à ses salariés que le gouvernement "(approuverait) l'accès client par client durant cette période" d'avant-première.
"Nous avons fait clairement comprendre au gouvernement américain que ce n'est pas l'approche que nous privilégiions à long terme, et nous travaillerons avec lui et avec d'autres acteurs du secteur pour parvenir à une solution plus viable lors des prochains lancements", a déclaré M. Altman, dans ce mémo dévoilé par The Information et authentifié par l'AFP.
Les premiers partenaires sont tous établis aux Etats-Unis. Leurs salariés à l'étranger bénéficieront aussi de l'accès, dans la plupart des pays où OpenAI opère sans restrictions, à l'exclusion de la Chine, la Russie, l'Iran ou la Corée du Nord, entre autres.
OpenAI a dit travailler à l'ajout de partenaires internationaux dès la semaine prochaine.
Des observateurs et acteurs de l'industrie voient dans ce contrôle gouvernemental américain un tournant qui rend les modèles ouverts, librement téléchargeables et modifiables, plus attractifs pour les développeurs et entreprises soucieux d'éviter la dépendance et les blocages.
Ce tour de vis américain nourrit aussi un débat plus large entre démocraties. L'affaire Mythos a ravivé les inquiétudes des Européens de se voir un jour couper l'accès aux outils de pointe et à leurs données, rallumant le débat sur les moyens de garantir la souveraineté numérique.
Mi-juin, le président français Emmanuel Macron avait conclu le G7 par un appel à "mieux réguler" l'IA, tout en mettant en garde contre une "non-coopération entre démocraties".
Sous la pression suscitée par les capacités inédites de ces outils, M. Trump a fini par signer début juin un décret instaurant un examen fédéral des modèles d'IA avancés avant leur commercialisation. Le texte prévoyait que l'examen serait "volontaire" et non contraignant.
Ch.Havering--AMWN