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En Pologne, les Ukrainiens soutenant le front en quête d'un nouveau souffle
Les besoins en filets de camouflage antidrones sur le front ukrainien ne cessent d'augmenter mais, depuis 2022, la solidarité avec Kiev s'est effritée en Pologne et des bénévoles ukrainiens, eux aussi moins nombreux, tentent de trouver un nouveau souffle.
Plus de quatre ans après le début de la vaste offensive russe, l'association " Odwaga nie zna granic " ("Le courage ne connaît pas de frontières "), cherche la parade : faire plus avec moins.
"Les besoins en filets sont énormes, nous avons des listes d’attente, même si, en Ukraine, on en tisse aussi", souligne auprès de l'AFP Ruslana Poplawska, l'une des coordinatrices de ce centre en plein coeur de Varsovie et à deux pas de l'ambassade de Russie.
Depuis février 2023, des volontaires produisent des filets destinés à protéger les militaires ukrainiens des frappes massives de drones russes dans l'est de l'Ukraine. Quelque 35.000 m2 de ces filets ont été fabriqués depuis, l'équivalent de cinq terrains de football, selon ce centre.
Mais aujourd'hui, "le volontariat est devenu plus compliqué. Beaucoup ont arrêté. Les dons sont plus difficiles à trouver et il y a la fatigue", résume Ruslana Poplawska.
" Au début de l'invasion à grande échelle, beaucoup de Polonais venaient nous aider. Malheureusement, aujourd'hui, ils ne sont presque plus là ", constate-t-elle aussi.
En décembre, une enquête du CBOS, un centre de recherche polonais indépendant, montrait que le taux d'acceptation des réfugiés ukrainiens en Pologne s'élevait à 48% : le niveau le plus bas enregistré depuis 2014.
La Pologne occupe la deuxième place en Europe pour le nombre des réfugiés ukrainiens accueillis - environ un million.
Dans cette étude, la moitié des personnes interrogées estimait que l'aide apportée aux Ukrainiens était excessive.
La rhétorique antiukrainienne en Pologne a commencé à s'intensifier pendant la campagne présidentielle du printemps 2025, qui s'est soldée par la victoire du nationaliste Karol Nawrocki.
Et les tensions ce mois-ci entre Varsovie et Kiev autour d'événements de la Deuxième guerre mondiale ont aggravé les relations bilatérales.
Parallèlement, de nouvelles règles dans le système de contrôle des transports en Pologne, instaurées en mars, compliquent l’acheminement de l’aide humanitaire à la frontière.
Désormais, chaque camion humanitaire est soumis à une procédure administrative lourde, avec des formulaires à remplir à l’avance et des délais pouvant aller jusqu'à plusieurs jours, poussant de plus en plus de transporteurs à renoncer aux trajets.
L'association installée à Varsovie est aujourd'hui dans une situation critique, son transporteur ayant refusé de prendre des risques.
- "Psychothérapie" -
Mais ceux qui restent - une trentaine de bénévoles réguliers - veulent tenir bon.
Olga, de Krementchouk, dans le centre de l'Ukraine, est coiffeuse six jours par semaine. Son unique jour de repos, elle le consacre à l'association.
Elle tresse des filets mais coupe aussi gratuitement les cheveux des Ukrainiens et demande que l’argent soit versé à l'association.
"Fatigue ? Nos gars là-bas sont encore plus fatigués mais ils tiennent la ligne de front. Quand on pense à ça, on vient ici et on travaille ", dit-elle.
L'association, dont le logo représente un papillon s'envolant sur fond de bouclier camouflé, joue aussi un rôle de soutien moral.
Venir ici, "c'est une véritable psychothérapie ", affirme Natalia Koulbatska, une autre coordinatrice.
" Ici, personne ne se sent seul ", affirme Tetiana, une retraitée originaire de la ville de Sloviansk (est), proche du front. Elle vit seule à Varsovie et cette association est, pour elle, "une petite Ukraine au cœur de la Pologne".
Dans une autre pièce du centre, autour d'une table sur laquelle s'accumulent structures métalliques, composants électroniques et tasses de thé, une dizaine de personnes - femmes, enfants, hommes - assemblent des drones.
"Les drones sont constamment nécessaires", souligne Wladyslaw Jentz, l'organisateur de cette initiative.
Son projet a déjà permis de former près de 40 personnes et d'assembler une centaine de drones.
"C'est ma sécurité et celle de mes enfants " qui sont en jeu, explique ce père de trois enfants. Si l'Ukraine ne tient pas, cela aura des conséquences ici ."
La Pologne, où il vit depuis 15 ans, est pour lui une seconde patrie. Son objectif : former des gens, surtout des jeunes, et faire en sorte que l'engagement puisse durer.
Élevé dans des valeurs humanistes, il manipule aujourd'hui des appareils conçus pour tuer. "C'est difficile à accepter" , reconnaît-il. "Mais nous vivons une époque où arrêter l'occupant est devenu une nécessité pour protéger des vies".
C.Garcia--AMWN