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Neuf morts durant l'entrée massive de migrants à Ceuta, Madrid envoie l'armée
Neuf migrants sont morts jeudi en tentant de rejoindre à la nage depuis le Maroc l'enclave espagnole de Ceuta, où plusieurs centaines d'autres sont arrivés dans les dernières heures, ce qui a poussé le gouvernement espagnol à annoncer le déploiement de soldats pour garantir la sécurité.
"Neufs corps ont été repêchés", a indiqué à l'AFP une porte-parole de la délégation du gouvernement espagnol dans ce territoire de la côte nord de l'Afrique, sans donner plus de détails.
"Les Forces armées renforceront la Garde civile (gendarmerie espagnole, ndlr) dans l'exercice de ses compétences et celles qui pourraient s'avérer nécessaires pour maintenir la sécurité dans la ville de Ceuta", a indiqué le ministère espagnol de l'Intérieur jeudi.
Si le nombre de soldats n'a pas été précisé, la Garde civile sera renforcée par l'envoi de 70 agents, qui s'ajouteront aux 80 déjà présents sur place, et des équipes de plongeurs ainsi que des navires des garde-côtes seront envoyés.
Plusieurs centaines de personnes, pour la plupart des hommes et adolescents, sont entrées illégalement jeudi à Ceuta, venant s'ajouter au plus de 1.500 migrants arrivés "ces derniers jours" selon les autorités régionales, qui avaient déjà annoncé au moins un mort.
Des dizaines d'entre eux sont arrivés à la nage, selon des images filmées par une journaliste de l'AFP, et certains sont entrés par un poste-frontière situé au sud de ce petit territoire de 18,5 km2.
Il s'agit de l'arrivée de migrants la plus importante depuis 2021, quand plus de 10.000 personnes avaient traversé la frontière en deux jours pour atteindre Ceuta.
- Retour "dès que possible" au Maroc -
Des migrants ont lancé des "au revoir le Maroc, bonjour l'Espagne!" à leur arrivée. Des bouées, des palmes et des combinaisons en néoprène jonchaient une plage de la ville jeudi matin, a constaté l'AFP.
Côté marocain, un correspondant de l'AFP a vu des centaines de personnes, dont des mineurs, rassemblées en début d'après-midi jeudi à la frontière entre la ville marocaine de Fnideq et Ceuta.
Elles ont afflué à la suite de rumeurs selon lesquelles la frontière ouvrirait à l'aube jeudi, d'après des témoignages recueillis sur place.
Plus de 1.500 personnes sont arrivées "ces derniers jours", à un rythme de "200 personnes par jour" en moyenne, avait indiqué le président le président de la ville autonome de Ceuta, Juan Vivas, parlant d'urgence "absolue" dans des centres d'accueil "débordés et saturés".
"Ca me brise vraiment le coeur de voir tant de gens souffrir, et qui sait combien se sont réellement noyés en chemin", a déploré auprès de l'AFP un habitant de la ville qui vient en aide aux migrants et qui a souhaité rester anonyme.
Le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, a annoncé qu'il se rendrait à Ceuta vendredi "pour suivre l'évolution de la situation" et rencontrer les autorités locales, saluant aussi la "coopération exemplaire" avec le Maroc.
Les deux pays mettront en oeuvre "des mesures pour le transfert" vers le Maroc "dès que possible, de toutes les personnes qui sont entrées illégalement à Ceuta", a-t-il ajouté.
Mais l'opposition espagnole s'est emparée du sujet. Alberto Núñez Feijóo, le leader du Parti populaire, parti d'opposition de droite, a ainsi dénoncé "une situation désespérée" et "une crise de sécurité nationale".
Ceuta, ainsi que l'autre enclave espagnole de Melilla, à près de 400 kilomètres plus à l'est, constituent les seules frontières terrestres de l'Union européenne sur le continent africain.
- Sahara occidental -
Il n'a pas été possible d'obtenir dans l'immédiat de commentaire des autorités marocaines au sujet de ces événements.
En 2021, plus de 10.000 migrants avaient atteint Ceuta depuis le Maroc voisin en deux jours, à la faveur d'un relâchement des contrôles par Rabat, sur fond de crise entre les deux pays au sujet de l'accueil en Espagne pour y être soigné du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario.
Cette crise diplomatique a pris fin en 2022 avec le revirement de Madrid en faveur du plan marocain sur le Sahara occidental, après des décennies de neutralité. Ce soutien avait entraîné une brouille diplomatique entre Madrid et Alger.
Pedro Sánchez s'est toutefois rendu à Alger le 20 juillet, la première visite en quatre ans d'un chef du gouvernement espagnol, concrétisant ainsi un réchauffement des relations avec l'Algérie.
Mais les relations entre Madrid et Rabat "n'ont pas été affectées" par cette visite, a assuré à l'AFP une source au ministère espagnol des Affaires étrangères.
D.Cunningha--AMWN