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Abandonner ou pas? Dans le Tennessee, un candidat démocrate victime du redécoupage électoral
Quand Justin Pearson a annoncé sa candidature aux élections législatives dans sa ville natale de Memphis, ce démocrate afro-américain n'imaginait pas devoir faire campagne à plus de 300 kilomètres de là, dans le comté où est né le Ku Klux Klan.
En mai, les contours de la neuvième circonscription où il se présente ont été drastiquement redessinés par les républicains à leur avantage, grâce à une vieille recette de cuisine électorale appelée "gerrymandering".
Memphis, traditionnellement l'une des seules poches démocrates dans un Etat très conservateur, est désormais fractionnée en trois circonscriptions étendues à travers le Tennessee.
La voix de son électorat noir, ancré à gauche, se retrouve ainsi complètement diluée.
Au vu de la nouvelle carte électorale, la neuvième circonscription du Tennessee penche désormais fortement en faveur des républicains.
"Je me suis dit: est-ce que j'abandonne? Ou est-ce que je continue le combat?", confie à l'AFP Justin Pearson, élu au parlement de l'Etat et candidat à la primaire démocrate prévue jeudi, pour un siège à la Chambre des représentants de Washington.
Les républicains "ne veulent pas d'un pouvoir politique noir. Ils ne veulent pas que l'on puisse choisir nos propres représentants", dit le candidat de 31 ans, large sourire et coupe afro.
Le jeune homme assure avoir "choisi de continuer, pour protéger le droit de vote" de ses concitoyens de couleur.
En avril, une décision de la Cour suprême a sapé la portée du Voting Rights Act, une loi historique qui protégeait la représentation des minorités raciales. Depuis, plusieurs Etats du Sud à majorité républicaine, comme la Louisiane ou l'Alabama, ont redessiné leurs circonscriptions.
- L'enjeu des zones rurales -
Originaire de Westwood, quartier noir du sud-ouest de Memphis, Justin Pearson est passé d'une circonscription contenant "1,5 comté" à "15 comtés".
Il faut donc faire campagne auprès des Afro-Américains de Memphis, mais aussi des "agriculteurs de Savannah", ou des habitants du comté de Giles, où a été fondé à la fin des années 1860 le Ku Klux Klan, violente organisation suprémaciste blanche, raconte-t-il.
"J'ai dû me déplacer beaucoup plus" et "rencontrer des gens que je n'aurais jamais rencontrés sans cette campagne", décrit Justin Pearson.
Selon des données de l'Université du Tennessee, sur les 95 comtés de l'Etat, 78 sont ruraux, et penchent donc plutôt à droite.
Historiquement, seules les poches urbaines de Nashville et Memphis votent démocrate.
Steve Hickey est le président du Parti républicain du comté de Williamson, à l'autre bout de la neuvième circonscription du Tennessee. Quelque 300 kilomètres le séparent de Memphis.
Pour lui, le redécoupage de l'Etat est un simple calcul politique, qui ne prend pas en compte la couleur de peau des électeurs.
- "Simplement de la politique" -
La nouvelle carte a "suscité beaucoup de consternation", reconnaît-il auprès de l'AFP.
"Mais je pense qu'il est très important de comprendre que cela se produit dans tous les Etats", ajoute le républicain, qui rappelle qu'en 2002, l'assemblée législative du Tennessee, alors démocrate, avait opéré un redécoupage électoral qui lui était favorable.
"Je n'aime pas dire +ce sont eux qui l'ont fait en premier+" mais "c'est simplement de la politique. Et le parti au pouvoir peut choisir les règles".
A ceux qui affirment que les nouvelles circonscriptions brassent trop de populations différentes, Steve Hickey répond que les Etats-Unis sont avant tout "un mélange de cultures". Il y a "les urbains à Nashville et Memphis", "les banlieues" chics, les "zones rurales".
"En tant que républicain, je suis évidemment ravi, car nous espérons pouvoir remporter un siège supplémentaire à la Chambre des représentants du Congrès", reconnaît-il.
Les démocrates sauront-ils mobiliser suffisamment d'électeurs d'ici les législatives de novembre, malgré les manoeuvres républicaines?
Pour envoyer un député de gauche à Washington, plusieurs associations locales de sensibilisation au vote affirment qu'il faudrait qu'à Memphis, la participation atteigne 75% aux élections de novembre.
Un défi de taille. Aux législatives de 2022, le taux de participation enregistré dans le comté de Shelby, où se situe Memphis, était de 34%.
P.Silva--AMWN