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Taïwan bloque un pont stratégique lors de la simulation d'une invasion par la Chine
Les troupes taïwanaises ont érigé des barrières et des barbelés pour bloquer un pont stratégique près de Taïpei jeudi, lors d'un exercice simulant une invasion par la Chine, qui visait à bloquer l'accès à la capitale.
Le tout récent pont Danjiang, qui enjambe l'embouchure du fleuve Tamsui, était le théâtre des opérations de cet exercice nocturne, au deuxième jour de manoeuvres militaires annuelles appelées "Han Kuang".
La Chine revendique Taïwan comme partie intégrante de son territoire et a menacé de recourir à la force pour prendre le contrôle de cette île de 23 millions d'habitants, qui lui échappe depuis 1949.
Si Pékin lançait une invasion, les experts militaires estiment que ses troupes pourraient débarquer sur les deux rives du Tamsui, puis traverser le pont Danjiang pour joindre leurs forces.
"Une fois que l'APL (Armée populaire de libération chinoise, ndlr) contrôle le pont Danjiang et les deux côtés de l'estuaire du fleuve, ses troupes peuvent avancer en même temps sur les deux berges", a expliqué à l'AFP Chieh Chung, expert de la politique de défense de Taïwan à l'université de Tamkang.
"L'objectif est simplement d'empêcher les forces de l'APL de prendre le contrôle de ce secteur sur le fleuve parce si elles avaient la main sur cette zone, les deux pôles de débarquement seraient reliés, formant une seule entité", a-t-il précisé.
Pour parer à une telle éventualité, l'armée taïwanaise s'est entraînée à bloquer le pont lors de cet exercice de plusieurs heures, qui doit s'achever vendredi matin.
- Soldats du génie à la manoeuvre -
Sous un éclairage bleuté, des dizaines de combattants du génie, assistés de grues et de camions, ont disposé des barrières en béton et en acier, ainsi que des barbelés le long du pont Danjiang, qui fait près d'un kilomètre de long.
Leur but est de ralentir l'avancée de troupes ennemies et de les canaliser vers des zones où les militaires taïwanais ont plus de force de frappe.
Ils ont aussi déployé des filets dans l'eau, des plate-formes flottantes et des barils susceptibles d'être remplis d'explosifs en cas de guerre, pour empêcher l'accès du fleuve à des embarcations chinoises.
Des curieux, tentant d'apercevoir les manoeuvres, se massaient aux abords, dans l'air humide de la soirée.
"Si nous devons un jour affronter une attaque ennemie, cet exercice nous aura aidés à tester la manière de défendre (le pont), à identifier d'éventuelles faiblesses et ce qu'il faut améliorer. (...) C'est très important pour la défense de notre pays", a commenté Hsu Lien-te, 75 ans, fonctionnaire à la retraite.
Kay Li, 37 ans, infirmière en gériatrie, a estimé qu'il s'agissait d'"un exercice nécessaire". "Nous pourrions finir par nous retrouver en guerre", a-t-elle estimé.
L'exercice s'est déroulé quelques heures après la visite du président Lai Ching-te au port de Taïpei, non loin de là, où il a assisté au chargement de missiles et de mines à bord de navires.
Mercredi soir, il avait été lui-même soumis à une simulation d'évacuation, escorté par un convoi de véhicules blindés depuis le palais présidentiel jusqu'à un centre de commandement sécurisé.
Dans le cadre de ces manoeuvres Han Kuang, qui s'achèveront le 14 août, des systèmes de missiles sol-air taïwanais et américains ont été déployés à Taïpei.
L'un des volets essentiels de l'exercice cette année consiste à décentraliser le commandement, afin de permettre aux officiers sur le terrain de prendre des décisions opérationnelles sans attendre d'ordres supérieurs.
L.Miller--AMWN