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Au nouveau Parlement syrien, une actrice, une militante kurde et la veuve d'un jihadiste
Dans le premier Parlement syrien post-Assad, les femmes députées se distinguent moins par leur nombre que par la diversité de leurs profils: une actrice, une ingénieure chrétienne, une dirigeante kurde ou encore la veuve d'un jihadiste.
Elles reflètent aussi les contrastes d'une société multiethnique et multiconfessionnelle sortie d'une longue guerre civile, et dont le nouveau pouvoir s'est engagé à protéger les minorités.
Les femmes occupent 22 des plus de 200 sièges du Parlement de transition, soit près de 10%. Une proportion proche de celle du dernier parlement élu sous l'ancien pouvoir.
La première séance s'est tenue en juillet, avec uniquement des membres désignés, dans l'attente de l'organisation d'élections d'ici 2030.
- Actrice glamour -
Passée des paillettes du petit écran au Parlement, l'actrice Rozaina Lazkani, 36 ans, fait partie des nouvelles députées les plus médiatisées.
Elle figure parmi les 70 parlementaires désignés directement par le président Ahmad al-Chareh, comme le prévoit la déclaration constitutionnelle adoptée en mars 2025.
"J'ai d'abord cru à une blague (...), c'était inattendu et un peu effrayant", a-t-elle confié dans une interview à la chaîne saoudienne al-Arabiya, disant n'avoir été informée de sa désignation que deux jours auparavant.
Diplômée en scénographie, elle a séduit un large public grâce à ses rôles dans des séries à succès et son allure glamour.
Mais sa désignation n'a pas manqué de surprendre.
"A ce stade, je mérite davantage des prières que des félicitations, surtout que je ne suis pas (...) rompue à la politique", a-t-elle reconnu, s'attirant des critiques d'internautes.
Elle est originaire de la ville de Hama (ouest), théâtre de la répression sanglante d'une insurrection des Frères musulmans en 1982.
- Universitaire chrétienne -
Ingénieure civile et cheffe de département à l'université de Lattaquié, sur la côte, Madonna Bechara, 38 ans, a été à sa surprise désignée députée puis élue deuxième vice-présidente du Parlement. Elle fait depuis la navette entre amphithéâtres et Assemblée du peuple.
C'est "un mélange de joie et de responsabilité" qu'elle dit ressentir. "Le nombre de femmes ne reflète peut-être pas pleinement l'importance de leur place dans la société syrienne, mais c'est un bon début", affirme-t-elle à l'AFP.
Leur rôle au Parlement "doit aller au-delà de la seule portée symbolique et se traduire par un rôle législatif et une réelle influence", ajoute cette docteure en génie. "Le chemin reste long pour consolider la place des femmes syriennes dans la vie publique".
- Dirigeante kurde -
Militante kurde de longue date, Fasla Youssef, 56 ans, originaire de la province de Hassaké (nord-est), a fièrement arboré le costume national kurde lors de la première session du Parlement.
Elle a été choisie par un comité électoral dans sa province, où elle a été membre tout au long de la guerre civile de la présidence du Conseil national kurde, principale coalition des partis kurdes alors opposés au pouvoir d'Assad.
"J'ai une double responsabilité : défendre les diverses composantes syriennes (...) et les Kurdes en particulier", dit-elle à l'AFP.
Les Kurdes ont conclu en janvier un accord avec Damas pour intégrer leurs institutions civiles et militaires au sein de l'Etat, sonnant le glas des espoirs d'autonomie de cette minorité.
Issue d'une communauté qui promeut l'égalité de genre, la députée se fixe pour objectif "la consécration des droits de la femme dans la Constitution du pays", que le Parlement doit rédiger avant la fin de la période de transition.
- Romancière engagée -
Nour Jandali, écrivaine engagée de 48 ans, représente la province de Homs (centre), qui fut au coeur de la contestation contre Bachar al-Assad.
Le Parlement devrait servir selon elle d'espace propice au "dialogue", dont les Syriens sont "assoiffés" après des années de rupture.
Autrice de plus de vingt ouvrages, elle a milité pacifiquement dès le début du soulèvement populaire en 2011 contre le pouvoir désormais déchu, avant de s'exiler.
Elle fait son entrée au Parlement, longtemps simple chambre d'enregistrement, "pour créer un changement", promet-elle.
- Veuve de jihadiste -
Première femme portant le niqab à entrer au Parlement, Mirvat Toutou, diplômée en économie originaire d'Idleb (ouest), est la veuve d'un commandant jihadiste, Abou Omar Saraqeb, tué dans une frappe dans le nord syrien en 2016, après avoir pris le contrôle d'Idleb en 2015.
Il dirigeait une importante coalition de rebelles et jihadistes syriens dont faisait partie la faction menée alors par Abou Mohammad al-Jolani, nom de guerre de l'actuel président syrien.
C'est de son ancien frère d'armes qu'Ahmad al-Chareh a dit dans une interview s'être souvenu lorsqu'il était entré à Damas en vainqueur après avoir renversé Assad en décembre 2024.
Parmi les autres députées, se distingue aussi Aïcha al-Debs, première femme qui avait été nommée à un poste gouvernemental par le nouveau pouvoir, comme directrice du "Bureau des affaires de la Femme".
Elle avait été critiquée sur les réseaux sociaux après avoir appelé les femmes à "ne pas outrepasser les priorités de leur nature créée par Dieu", à savoir "leur rôle éducatif au sein de la famille".
Y.Nakamura--AMWN