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"Que ce soit un spectacle réussi" : libéré et aussitôt ré-arrêté, un humoriste turc choisit d'en rire
Il préfère en rire, encore : un célèbre humoriste turc réincarcéré à peine libéré après huit semaines de détention, vendredi soir, traite son mauvais sort par la dérision, dans un message posté sur X samedi par ses avocats.
"J'ouvre ici la saison judiciaire, que ce soit une saison réussie", écrit Deniz Goktas, 32 ans, en narrant les quelques heures écoulées la veille entre l'annonce de sa libération et celle de sa réincarcération.
Initialement poursuivi en juillet pour "insulte à l'Islam" puis incarcéré pour "insulte au président" Recep Tayyip Erdogan, Deniz Goktas a été de nouveau arrêté vendredi pour "apologie d'un crime et d'un criminel" ce qui a empêché sa sortie de prison, ont rapporté les médias turcs.
Chaque fois, les charges s'appuient sur des propos tenus en scène par le stand-upeur : ses spectacles qui ont attiré quelques dizaines de milliers de spectateurs en salles ont surtout généré des millions de vues sur YouTube, déclenchant la fureur des autorités.
"De ce spectacle de 90 minutes sort une nouvelle accusation tous les deux mois", écrit-il samedi, assurant que son "moral est bon, (sa) santé au top".
"C'était un 58è jour ordinaire en prison", attaque-t-il. "Pendant ce voyage d'une minute dans le couloir entre la cellule et (le guichet) je me sentais libre, sans le savoir. Si j'avais su, j'aurais dansé un peu".
Et puis, "ils ont décidé de me remettre en détention", poursuit-il, précisant que ses avocats n'avaient pas été prévenus de sa libération imminente, finalement annulée.
Deniz Goktas avait été interpellé à l'aéroport d'Istanbul début juillet. Détenu d'abord à Istanbul il a été transféré dans la ville de Corlu, dans le nord-ouest du pays.
Son avocat Metin Sinan Aslan avait indiqué à l'AFP que "l'enquête avait commencé par une allégation d'insulte à la religion mais, considérant qu'il n'était pas possible de le placer en détention sur cette base, l'accusation a été modifiée, au prix d'une interprétation pour le moins forcée, en incitation à la haine et insulte au président".
Lors de son interrogatoire, des policiers lui ont posé des questions sur son utilisation du mot "dictateur" pour désigner le chef de l'Etat et "laissé entendre qu'il avait tenu des propos offensants concernant des préceptes de l'islam cités dans le Coran", selon Me Aslan.
- des dizaines de milliers de procédures -
Cette arrestation et son maintien en détention s'inscrivent dans une vaste campagne de répression de toutes voix critiques par les autorités turques, qui vise musiciens, artistes, journalistes et responsables politiques.
Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été poursuivies ces dernières années en Turquie, en particulier pour "insulte au président", parfois en raison de publications sur les réseaux sociaux vieilles de plusieurs années.
Cette semaine, un procureur du district stambouliote de Bakirkoy a ouvert une enquête à l'encontre d'un économiste britannique renommé, Timothy Ash, avant de la refermer prestement.
M. Ash, très suivi en Turquie où il se rend régulièrement et dispose d'un large réseau de contacts officiels, a été accusé "d'insulte au président" lors d'une conférence à Bodrum (ouest).
Dans une même phrase, il avait associé "les Netanyahu, les Erdogan..." et parlé de "sociopathes", se reprenant aussitôt pour s'excuser et retirer "ce lapsus".
"C'était un lapsus que j'ai immédiatement corrigé", a affirmé l'économiste à l'AFP, soulignant que l'événement en question était "soumis à la règle de Chatham House" qui autorise à utiliser les propos tenus sans les attribuer.
F.Bennett--AMWN