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Lecornu et son gouvernement en séminaire, avant le chemin de croix budgétaire
Sébastien Lecornu réunit lundi son gouvernement au grand complet, pour un séminaire tourné vers la préparation d'un budget 2027 aux airs de mission impossible, entre économie en berne, nouvelles dépenses déjà arbitrées et menaces de censure à huit mois de l'élection présidentielle.
Les ministres se retrouveront d'abord à l'Elysée, pour un Conseil des ministres consacré à la rentrée scolaire - seul point inscrit à l'ordre du jour.
Dans la foulée, l'équipe gouvernementale se déplacera en fin de matinée, jusqu'en fin d'après-midi, dans une aile de l'Hôtel des Invalides, au siège du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN).
Lieu choisi à dessein pour revenir sur les cyberattaques qui ont défrayé la chronique estivale : piratages du fisc et de l'Education nationale, notamment, qui ont poussé le Premier ministre a exiger "une réponse plus forte" de l'administration.
La suite de cette réunion à huis clos (et sans téléphones portables) sera consacrée au budget, selon l'entourage de M. Lecornu. Au menu dans l'après-midi, un point sur l'agenda parlementaire et un autre sur la communication gouvernementale.
La situation du monde agricole devrait aussi s'inviter dans les discussions, après les incendies, canicules et sécheresse qui ont accablé l'Hexagone ces trois derniers mois, avec des conséquences particulièrement délétères pour l'agriculture.
Au point que M. Lecornu a érigé le sujet en "dossier numéro un de la rentrée" dans une interview au Parisien, promettant un "plan de sauvetage" pour la fin d'année, puis un "plan de relance" dès l'an prochain.
Autant de nouvelles dépenses à inscrire dans la loi de finances, qui sera présentée fin septembre. Et qui s'ajouteront aux 10 milliards d'euros de rallonges déjà promises à plusieurs ministères : Défense, Intérieur, Justice, Education, Recherche et Ecologie. Sans oublier une probable prolongation des aides au carburant et du chèque énergie.
Le tout dans un contexte morose, que le ministre de l'Economie Roland Lescure sera chargé de rappeler en introduction : d'un côté, une croissance atone au premier semestre, qui rend hors de portée la prévision annuelle de 0,7% ; de l'autre, une flambée des taux d'intérêts au-delà des 4%, qui alourdit la charge de la dette.
Et au bout du compte, un risque de dérapage du déficit public, au-delà de l'objectif fixé à 5% du produit intérieur brut.
- "Chantage" à tous les étages -
Les marges de manœuvre sont d'autant plus réduites que Sébastien Lecornu a lui-même exclu de toucher au logement social et à l'apprentissage, et ne souhaite pas reconduire "à l'identique" la surtaxe sur les grandes entreprises.
Le locataire de Matignon entend plutôt freiner les dépenses sociales, avec "une vraie réforme" des arrêts maladie, le déremboursement de certains médicaments "anciens" et "dépassés", et surtout une "désindexation" des retraites en dessous de l'inflation - à l'exception des petites pensions.
Des mesures vues comme des chiffons rouges par ses opposants, qui se préparent à combattre l'exécutif et son budget. "Nous le censurerons", a déjà annoncé Jean-Luc Mélenchon. "Nous n'excluons rien, par principe", menace Jordan Bardella.
Parmi les candidats déclarés à l'Elysée, seul Edouard Philippe a appelé "tous les responsables politiques" à "voter le budget de la Sécurité sociale" - sans évoquer celui de l'Etat.
Le risque est donc grand de ne pas aboutir avant la fin de l'année, voire jusqu'à l'élection présidentielle, un scénario chiffré par Bercy à 15 milliards d'euros, que M. Lecornu espère éviter en convainquant ses adversaires de laisser passer "un budget de premier semestre", aisément "réversible" par la future majorité au pouvoir.
Dans le cas contraire, il prédit "un désordre" qui plongerait le pays "dans une situation gravissime" sur le plan financier. Ce qui a le don d'agacer les socialistes, avec qui il avait négocié une non-censure l'an dernier. A commencer par le chef des députés PS, Boris Vallaud, qui a mis en garde : "le chantage, ça ne fonctionne pas avec nous".
L.Miller--AMWN