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Milei durcit le ton sur les Malouines, Londres réaffirme sa souveraineté
Londres a réaffirmé que les Malouines étaient britanniques et que son engagement envers elles était "absolu et inébranlable", après que le président argentin Javier Milei, dopé par le soutien perçu de Donald Trump, a invoqué "des vents favorables" à la revendication historique de l'Argentine sur ces îles.
Dans une allocution télévisée, Javier Milei a annoncé un projet de loi pour "durcir les sanctions et les peines à l'encontre des entreprises liées à des opérations non autorisées" autour de l'archipel de l'Atlantique sud, dont Buenos Aires et Londres se disputent la souveraineté.
Situées à 600 kilomètres de la côte patagonienne argentine, les Malouines ont été le théâtre d'une brève guerre entre l'Argentine et le Royaume-Uni en 1982, qui a fait 649 morts argentins et 255 britanniques en 74 jours.
Les Malouines "sont britanniques parce que leurs habitants ont choisi d'être britanniques", a réagi le ministre de la Défense britannique Wes Streeting sur X. "Notre engagement envers les Malouines est absolu et inébranlable", a-t-il ajouté.
Les déclarations de Javier Milei interviennent quatre jours après que le président américain Donald Trump, son allié idéologique, a dit ne pas exclure de "revoir" la position américaine de neutralité concernant l'archipel.
Elles surviennent aussi dans la foulée d'une condamnation par la chancellerie argentine d'un projet d'exploitation pétrolière d'une compagnie britannique au large de l'archipel.
Les Etats-Unis, comme la plupart des pays occidentaux, reconnaissent que le Royaume-Uni administre de facto ces îles, mais ne se prononcent pas sur la souveraineté stricto sensu. Celle-ci fait l'objet d'une résolution en 1965 de l'ONU, qui reconnaît l'existence d'un différend, et enjoint les parties à trouver une solution pacifique.
"Je passe toujours toutes les positions en revue. C'en est une parmi d'autres", avait déclaré lundi le président américain, interrogé sur les Malouines, sans être plus explicite.
Javier Milei s'est aussitôt réjoui de la petite phrase de son homologue américain, évoquant "quelque chose de très fort concernant la cause la plus importante et la plus sacrée pour nous les Argentins".
- "Malvinas Argentinas", partout -
Mardi, une association d'anciens combattants des Malouines et des défenseurs de l'environnement ont intenté une action en justice pour empêcher un projet pétrolier porté par l'entreprise britannique Rockhopper et l'israélienne Navitas au nord de l'archipel.
Les Malouines, administrées de facto par le Royaume Uni depuis une "occupation" (selon le qualificatif argentin) en 1833, occupent une place centrale pour l'identité argentine, à la fois totem et ciment du pays, traversant les clivages politiques, un peu à l'image de la Seleccion de football.
Dans la Constitution, dans les noms de municipalités, dans les manuels scolaires, sur des fresques murales, des autocollants sur les bus, ou même tatoué sur la peau, le slogan "Malvinas Argentinas" est omniprésent.
"Il existe un très large consensus dans la population, mais aussi les élites politiques, sur la légitimité de la revendication de souveraineté", estime pour l'AFP Tomas Mugica, politologue du Centre d’études internationales de l’Université catholique (UCA).
"En revanche, les politiques les plus appropriées pour récupérer cette souveraineté sont sujettes à controverse", ajoute-t-il.
- "Opportunité" pour Milei -
Dans l'actuel contexte politique, les Malouines sont pour M. Milei, "une opportunité de se renforcer sur le plan intérieur, à un moment de relative faiblesse", estime M. Mugica. La cote de popularité du dirigeant est en baisse depuis 3-4 mois, sur fond d'austérité budgétaire qui pèse sur le plus grand nombre.
"Nous allons déployer tous les instruments de l’Etat, diplomatiques, économiques, judiciaires, afin de dissuader les acteurs étatiques et non étatiques qui portent atteinte à notre souveraineté", a détaillé le président argentin jeudi.
Les Malouines "sont argentines par l’histoire et par le droit, il n’y a aucune discussion à ce sujet", a-t-il insisté, ajoutant que les quelque 3.500 habitants des Malouines, "population implantée sur un territoire usurpé, n’ont pas un droit légitime à l’autodétermination".
Une forme de prudence prévaut toutefois dans le pays quant à la portée potentielle d'un changement de posture américain.
"La question des Malouines sert à Trump pour faire pression sur le Royaume-Uni pour qu’il satisfasse à ses exigences sur le financement de l’Otan, et sur la collaboration dans la guerre en Iran", analyse Tomas Mugica.
Y.Kobayashi--AMWN