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Crise de la pédiatrie: le gouvernement fait un pas vers les soignants
Face à la crise de la pédiatrie hospitalière et sous la pression des soignants, le ministre de la Santé François Braun a annoncé mercredi de nouvelles mesures pour venir en aide aux services pédiatriques, pour un montant total d'environ 400 millions d'euros.
Prolongation jusqu'au 31 mars des mesures mises en place cet été dans le cadre de la "mission flash", doublement de la rémunération des heures de nuit pour "l'ensemble des personnels de l'hôpital", "prime de soins critiques" élargie notamment aux puéricultrices des services pédiatriques: les mesures annoncées visent à "reconnaître l'investissement sans faille de nos professionnels hospitaliers", a déclaré le ministre lors d'une conférence de presse.
Il a reconnu une "situation préoccupante" dans les hôpitaux, liée à une épidémie de bronchiolite "inquiétante".
Ces solutions, d'un montant "de l'ordre de 400 millions d'euros" selon le ministre, comprennent l'enveloppe de 150 millions d'euros promise en octobre par le gouvernement pour soutenir "les services en tension", a précisé son cabinet. Elles seront rediscutées dans le cadre des travaux menés par le Conseil national de la refondation lancé début octobre et des Assises nationales de la pédiatrie prévues au printemps 2023.
"Nous saluons ces avancées", ont réagi des responsables du Collectif pédiatrie, qui alerte depuis deux semaines le gouvernement sur une crise "inédite". "Mais il s'agit de mesures d'urgence et non structurelles" qui "n'empêcheront pas la fuite des soignants", a ajouté auprès de l'AFP Mélodie Aubart, neuropédiatre à l'hôpital Necker-Enfants malades.
S'il juge que "le gouvernement a compris l'urgence de la situation", le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) Arnaud Robinet note dans un communiqué que "ces mesures doivent encore être financées" dans le projet de budget de la Sécurité sociale.
Et "ces annonces ne couvrent que le très court terme", ajoute-t-il appelant à "un choc d'attractivité plus pérenne" car "on ne soignera pas l'hôpital avec une addition infinie de mesures de sauvetage".
Les annonces ont suivi une réunion entre le ministre et des représentants de la pédiatrie mercredi après-midi. Dans la matinée, une délégation de pédiatres a été reçue à l'Elysée. Plus de 7.000 soignants en pédiatrie avaient adressé une lettre ouverte à Emmanuel Macron le 22 octobre pour dénoncer "une inaction politique irresponsable". L'annonce par François Braun d'un "plan d'action immédiat" et le déblocage de 150 millions d'euros n'avaient alors pas convaincu les professionnels.
- "on soigne mal les enfants" -
Depuis début octobre, les urgences et services de réanimation pédiatriques des hôpitaux de tout le pays sont saturés, notamment sous l'effet de l'épidémie de bronchiolite précoce. Mais les soignants dénoncent des problèmes structurels profonds, à commencer par le manque de moyens financiers et humains.
"Il faut que les pouvoirs publics entendent qu'aujourd'hui, en France, on soigne mal les enfants, faute de moyens, faute de soignants et faute d'une politique de santé digne de ce nom", explique Isabelle Desguerre, cheffe du service pédiatrique de Necker.
"Des dizaines d'enfants sont hospitalisés dans des box d'urgences, sont transférés à plusieurs centaines de kilomètres de chez eux, les soignants rentrent tous les jours en ayant l'impression d'avoir mal fait leur travail", détaille le Dr Mélodie Aubart.
S'ajoutent les difficultés à assurer le suivi des enfants souffrant de maladies chroniques: soins annulés, chirurgies déprogrammées, autant de dégradations qui "mettent en jeu le pronostic et la qualité de vie des patients", selon le Pr Desguerre.
- Soignants "dégoûtés" –
Les services pédiatriques hospitaliers sont confrontés à des difficultés inédites de recrutement. Les soignants "ont été dégoûtés et sont partis", explique Isabelle Melki, pédiatre à l'hôpital Robert-Debré à Paris qui "n'a jamais vu cela en 15 ans".
Le manque de personnel a contraint à la fermeture plusieurs services d'urgences et de réanimation pédiatriques à travers le pays.
Le Dr Hiba Trraf fait partie de ces soignants "moralement et psychiquement épuisés". Elle vient de démissionner de son poste de cheffe du service pédiatrie de l'hôpital de Montluçon après s'être retrouvée seule médecin dans le service suite au départ de ses six collègues. Refusant de continuer "à mettre en danger les enfants", elle s'apprête à partir en mission humanitaire tout en espérant "revenir un jour à l'hôpital public, mais pas dans ces conditions".
F.Pedersen--AMWN