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Des milliers de médecins libéraux manifestent pour un meilleur traitement
Des milliers de médecins ont manifesté mardi à Paris, pour exprimer leur colère contre l'Assurance maladie et le gouvernement, réclamer de meilleurs tarifs et bloquer une réforme qui facilite l'accès à d'autres soignants.
Les blouses blanches voient rouge. "Alors qu'on n'est pas déjà assez nombreux, le gouvernement veut nous mettre la tête sous l'eau et nous dégoûter", fulmine Isabelle Tassin, généraliste remplaçante dans les Yvelines.
Comme des milliers d'autres praticiens, elle a répondu à l'appel des syndicats qui, dans une rare unanimité, ont appelé à fermer les cabinets médicaux dans tout le pays et à défiler dans la capitale. Un cortège de plus de 10.000 personnes selon les organisateurs, précédé d'une dizaine de véhicules de SOS Médecins - également en grève pour l'occasion - et emmené par les dirigeants syndicaux derrière une banderole "Tous unis face au mépris".
Partis du ministère de la Santé en début d'après-midi, les manifestants ont rejoint le Panthéon, non loin du Sénat, où une proposition de loi sur "l'accès direct" à certains paramédicaux (infirmiers, kinés, orthophonistes) doit être examinée en fin de journée.
Un texte accusé par les syndicats de "mettre en danger la santé" de la population "en contournant la fonction de coordination du médecin traitant". Une crainte partagée par Sébastien Chivoret, 37 ans, généraliste du Pas-de-Calais qui redoute "une sorte d'ubérisation de la médecine, où les patients vont aller consulter à droite à gauche n'importe quelle personne".
Des arguments battus en brèche par le gouvernement. "L'objectif n'est en aucun cas de mettre de côté le médecin généraliste", a affirmé la ministre déléguée aux profession de santé, Agnès Firmin Le Bodo, venue défendre le texte devant les sénateurs. Au contraire, cette réforme vise à "donner plus de temps de soin" aux médecins, a affirmé le ministre de la Santé François Braun sur franceinfo, disant "comprendre l'inquiétude des médecins, pas leur hostilité"
La proposition de loi est aussi soutenue par les infirmiers, dont 50 syndicats et associations ont dénoncé mardi "une opposition systématique des médecins à toute évolution des (autres) professions de santé". L'Association des maires de France s'est aussi dite "favorable" au texte, de même que la fédération des associations de patients, France Assos Santé.
- "Donnant-donnant" -
Les syndicats de médecins, qui dénonçaient au contraire un "démantèlement de la médecine", se sont réjouis de faire mieux que leur défilé du 5 janvier, qui avait rassemblé entre 2.300 et 4.000 praticiens. "C'est un succès", s'est félicitée Agnès Gianotti (MG France), y voyant la confirmation que "le système est vraiment en danger"
La mobilisation a aussi été renforcée par l'impasse des négociation avec l'Assurance maladie, dont la proposition d'une hausse d'à peine 1,50 euro de la consultation de base - de 25 à 26,50 euros a été vécue comme "une provocation", alors que les syndicats n'attendent pas moins de 30 euros. Un montant que M. Braun lui-même a jugé "pas absurde".
D'autres réclament un acte à 50 euros, comme le collectif Médecins pour demain, à l'origine de précédentes fermetures des cabinets en décembre et pendant les Fêtes. Sa présidente Sophie Bauer a estimé sur franceinfo qu'il en coûterait "5 milliards d'euros", le prix à payer selon elle pour "rattraper des années d'indigence".
"La négociation n'est pas terminée", a répondu sur France Inter le directeur de l'Assurance maladie, Thomas Fatôme, soulignant que son offre représente déjà 500 millions d'euros, soit "7.000 euros d'honoraires supplémentaires" par an et par médecin.
Avant de recevoir à nouveau les syndicats jeudi, il s'est dit prêt à "aller plus loin dans ces revalorisations, mais dans une logique de donnant-donnant". Des contreparties sont donc attendues, afin que les médecins s'engagent à "prendre davantage de patients, faire des gardes, assurer des soins non-programmés", a-t-il précisé.
Mais le message ne passe pas auprès des intéressés, comme cette généraliste qui en a "ras-le-bol d'entendre dire qu'on aura des droits quand on aura fait nos devoirs" et déplore "un manque de considération générale" pour son travail. "Je gagne 6.000 euros par mois mais je travaille 55 heures par semaine", explique-t-elle, ajoutant que si "on gagne correctement notre vie, c'est parce qu'on bosse comme des bagnards".
M.Fischer--AMWN