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Pétrole: attentisme en vue à l'OPEP+ face aux craintes liées à la Chine
Les pays de l'Opep+, qui se réunissent jeudi, devraient une nouvelle fois convenir d'une hausse marginale de leur production d'or noir, confortés par les risques qui pèsent sur la demande sur fond de restrictions anti-Covid en Chine.
L'invasion de l'Ukraine par la Russie continue parallèlement à susciter des inquiétudes pour l'offre qui se sont accrues avec l'annonce d'un projet d'embargo européen sur le pétrole russe.
Les cours se sont ainsi envolés mercredi, le baril de Brent de la mer du Nord, référence de l'or noir en Europe, clôturant au-dessus de 110 dollars, son plus haut niveau depuis deux semaines et demi.
Jeudi, ils se maintenaient à un niveau élevé: vers 09H45 GMT, le Brent prenait 0,30% à 110,47 dollars le baril et le WTI américain grappillait 0,02% à 107,83 dollars.
- La Chine, motif de "prudence" -
"Il est probable que l'Opep+ s'en tienne à son plan malgré l'instabilité persistante liée au conflit russo-ukrainien", explique à l'AFP Walid Koudmani, analyste chez XTB, en invoquant "les perspectives de baisse de la demande du fait des confinements observés en Chine".
Comme les mois précédents, le cartel va donc probablement ouvrir les vannes à hauteur de 432.000 barils par jour pour juin, une stratégie initiée au printemps 2021 quand l'économie retrouvait des couleurs après les coupes drastiques de brut imposées par le choc de la pandémie.
Les débats de l'alliance débuteront par des discussions techniques au sein du Comité ministériel conjoint de suivi (JMMC) à 11H00 GMT (13H00 à Paris et Vienne, le siège du cartel), avant la rencontre plénière par visioconférence.
Largement épargnée depuis deux ans, la Chine affronte ces dernières semaines sa pire flambée épidémique depuis le printemps 2020, qui a mis à mal sa stratégie zéro Covid.
Pékin a fermé mercredi des dizaines de stations de métro et ses habitants redoutent désormais que leur ville ne soit confinée, comme c'est le cas à Shanghai, la plus grande ville de Chine avec 25 millions d'habitants où la plupart des cas sont enregistrés.
"Le ralentissement de l'activité en Chine est certainement un facteur qui justifiera un statu quo de l'Opep+, en dépit de la pression internationale pour augmenter l'offre devant la crise énergétique actuelle", abonde Ipek Ozkardeskaya, analyste de la banque Swissquote, interrogée par l'AFP.
C'est "une raison pour rester prudent", estime aussi dans une note Fawad Razaqzada, analyste chez City Index et Forex.com.
- "Attentisme intenable" -
Quant aux nouvelles sanctions économiques en projet contre la Russie, elles ne devraient pas rebattre les cartes pour le moment.
La Commission européenne préconise dans son sixième paquet de sanctions "une interdiction de tout le pétrole russe, brut et raffiné, transporté par mer et par oléoduc" pour fin 2022, a annoncé sa présidente Ursula von der Leyen au Parlement européen.
Une perspective qui menace l'offre sur un marché déjà tendu.
Alors que l'unanimité des 27 est impérative, la Hongrie, très dépendante des livraisons russes, a rejeté le projet "dans sa forme actuelle".
Si toutefois l'Union "parvient à convaincre ses membres de ratifier le plan (...), cela aura un impact énorme sur les exportations de pétrole russe", met en garde M. Razaqzada.
Là encore, l'alliance Opep+, soucieuse de rester unie et de ne pas froisser Moscou, "ne sauvera certainement pas la mise", lance Mme Ozkardeskaya.
Selon les analystes, cette flambée n'a pas de quoi ébranler les treize membres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), menés par Ryad, et leurs dix partenaires conduits par Moscou (Opep+).
"Le cartel a clairement signifié que la guerre en Ukraine n'était pas cause d'inquiétude" pour le marché, rappelle-t-elle.
Pour Stephen Innes, analyste chez Spi Asset Management, cet attentisme "devient de plus en plus intenable" et "contraire à la mission" de régulation du marché de cette alliance forgée en 2016.
C'est "la raison pour laquelle ils sont constamment critiqués pour leur lenteur et leur manque technique de réaction aux développements récents des marchés mondiaux", assène-t-il.
Mais l'Opep+ détient-elle vraiment la clé du problème?
Entre manque d'investissements dans les infrastructures pétrolières chez certains pays membres ou problèmes opérationnels, le cartel échoue régulièrement à atteindre ses quotas de production.
Y.Aukaiv--AMWN