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Aux sources du Covid-19: fuite d'un laboratoire ou origine naturelle?
La question de savoir si le Covid-19 s'est échappé accidentellement d'un laboratoire ou s'est propagé d'un animal à l'être humain demeure un mystère largement débattu.
Voici les principaux arguments pour ces deux hypothèses.
- Laboratoire -
Les partisans de l'hypothèse de la fuite d'un laboratoire soulignent que les premiers cas connus de Covid-19 ont émergé à Wuhan, en Chine, où est hébergé un institut de virologie réputé pour ses recherches sur les coronavirus. La ville est en outre située à quelque 1.600 km du foyer le plus proche de chauves-souris porteuses de virus de type SRAS (tel le SARS-CoV-2 entraînant la maladie de Covid-19).
"Les laboratoires de Wuhan effectuaient des recherches qui les mettaient sur la voie de virus de type SRAS à haut potentiel pandémique", assure à l'AFP Richard Ebright, un microbiologiste et professeur à l'université Rutgers aux Etats-Unis.
"Un an avant l'épidémie, les laboratoires de Wuhan ont proposé (d'effectuer) des recherches pour obtenir des virus de type SRAS dotés d'un plus haut potentiel pandémique et de caractéristiques qui correspondent, en détail, à celles du SARS-CoV-2", ajoute-t-il.
Ces propositions comprenaient notamment la conception d'une structure nommée "site de clivage de furine", augmentant la croissance virale et la transmissibilité, et qui est absente des autres virus de type SRAS.
Les tenants de l'hypothèse de la fuite d'un laboratoire citent également des informations relatant l'absence de normes de biosécurité suffisantes au laboratoire de Wuhan.
"Il existe suffisamment d'éléments pour conclure au-delà du doute raisonnable que le SARS-CoV-2 s'est propagé aux humains à travers un incident lié à la recherche", juge Richard Ebright.
- Origines naturelles -
Virologiste à l'Organisation sur les vaccins et les maladies infectieuses de l'université de Saskatchewan au Canada, Angela Rasmussen argue de son côté -et comme de nombreux autres chercheurs- que les "preuves concrètes" font remonter invariablement la trace du virus au marché de fruits de mer de Huanan, à Wuhan.
"Nous avons en réalité étudié une base de preuves concrètes, qui peuvent être mesurées", a déclaré la chercheuse à l'AFP, citant des données génomiques, géographiques et d'échantillons environnementaux.
"Alors que toutes les preuves d'une origine en laboratoire qui continuent de m'être présentées sont du genre: +Et s'ils avaient effectivement réalisé les expériences qui avaient été proposées?+", ajoute Angela Rasmussen.
Son point de vue est soutenu par plusieurs études, y compris une publiée dans la prestigieuse revue Science, qui a analysé la géographie des cas de Covid-19 durant le mois de décembre 2019. L'étude montre que les cas étaient étroitement rassemblés autour du marché en question.
Une autre étude, qui s'est penchée sur les données génomiques des premiers cas, a conclu que le virus n'avait probablement pas circulé à grande échelle chez les humains avant novembre 2019.
Plus récemment, en septembre 2024, une étude publiée dans la revue Cell a identifié la présence dans ce marché de chiens viverrins, une espèce canine proche du renard et connue pour transmettre des virus similaires au SARS-CoV-2. Elle suggère ainsi qu'ils auraient pu servir d'intermédiaire de propagation entre les chauves-souris et les humains.
Pour Angela Rasmussen, l'attrait de l'hypothèse d'une fuite de laboratoire reflète une volonté d'obtenir des réponses simples. Si la responsabilité de la pandémie incombe à des scientifiques négligents en Chine, avance-t-elle, les gens peuvent croire à la possibilité de solutions simples.
- Et maintenant? -
Si le mystère reste non résolu, une chose est certaine: la théorie de la fuite d'un laboratoire -auparavant rejetée comme une théorie complotiste- a gagné en popularité chez les chercheurs, mais aussi chez les politiques.
Certaines agences américaines, comme le FBI ou le ministère de l'Energie, soutiennent l'hypothèse d'une fuite de laboratoire à des degrés divers de certitude, tandis que d'autres agences de renseignement penchent pour l'hypothèse d'origines naturelles.
Alina Chan, biologiste moléculaire à l'institut Broad des prestigieuses universités Harvard et MIT, continue de militer pour que les données du renseignement américain ne soient plus classées confidentielles, et pour une enquête indépendante en Chine allant au-delà de celle de l'Organisation mondiale de la santé en 2021.
"Il y a de nombreux aspects de la pandémie qui ont nui à la confiance du public dans la science et les institutions sanitaires. L'origine de la pandémie en fait partie", explique à l'AFP l'autrice de "Viral", qui examine les origines du Covid-19.
L.Mason--AMWN