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Polluants éternels: Eau de Paris veut faire payer les pollueurs
Faire appliquer le principe "pollueur-payeur": la régie chargée de l'eau à Paris a porté plainte contre X pour pollution de son réseau d'eau potable aux polluants éternels (ou PFAS), afin que les fabricants de ces substances supportent le surcoût de la décontamination.
"Le combat ne fait que commencer contre les responsables de ce scandale sanitaire. Ce n'est pas aux usagers de payer la facture", a estimé la maire socialiste de Paris Anne Hidalgo, à l'origine de la plainte déposée vendredi par la régie municipale Eau de Paris au tribunal judiciaire.
Celle-ci vise "les délits de pollution des eaux, de pollution des sols par abandon de déchets et de dégradation substantielle à l’environnement comme définis par le Code de l’environnement", selon les motifs de la plainte contre X consultés par l'AFP.
Le but est d'identifier les responsabilités des producteurs des substances chimiques "per- et polyfluoroalkylées", dits PFAS ou polluants éternels, d'origine industrielle ou agricole, pour les faire contribuer au financement de la dépollution de l'eau du robinet des Parisiens.
Ces coûts, évalués à "plusieurs dizaines de millions d'euros" à l'échelle de la ville de Paris, "ont largement augmenté ces dernières années et sont portés intégralement par les usagers à travers leurs factures d'eau", a dénoncé auprès de l'AFP Dan Lert, le président d'Eau de Paris.
L'eau potable distribuée à Paris est "100% conforme aux normes sanitaires, grâce aux traitements mis en place, et va le rester en 2026", a tenu à rassurer le responsable, également adjoint à la maire en charge de la transition écologique, de l'eau et de l'énergie.
La régie publique a cependant détecté la présence d'un PFAS non réglementé dans son réseau d'adduction, le TFA, "qui n'est pas intégré au contrôle sanitaire" selon l'élu.
En outre, à partir d'avril, les 20 PFAS réglementés seront intégrés au contrôle sanitaire de l'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France, ce qui obligera Eau de Paris à "facturer la réalisation de 147 prélèvements supplémentaires sur ses ressources et son réseau en complément de son auto-surveillance", détaille la plainte.
- "Conforme aux normes" -
Quasi indestructibles et présentes dans quantité d'objets et de produits (emballages, textiles, ustensiles de cuisine...), les substances chimiques "per- et polyfluoroalkylées", dites PFAS, s'accumulent avec le temps dans l'air, le sol, l'eau, la nourriture et, in fine, dans le corps humain, notamment dans le sang et les tissus des reins ou du foie.
La contamination concerne "un périmètre très large", a reconnu Dan Lert, rappelant que l'eau du robinet des Parisiens provenait à 50% d'eaux de surface de la Seine et de la Marne et 50% de nappes souterraines situées en Bourgogne, en Seine-et-Marne et en Normandie.
"La ville de Paris et Eau de Paris entendent obtenir la remise en état de l'environnement par ceux qui ont profité de la commercialisation des polluants éternels", souligne la régie municipale.
"Ce qu'on constate aussi, c'est qu'à travers chaque révélation sur les pollutions de la ressource en eau, c'est la confiance dans l'eau du robinet qui se dégrade", fait valoir le président d'Eau de Paris dont la plainte vise aussi à réparer un préjudice moral pour "atteinte à sa réputation".
"C'est un moyen de mettre les autorités nationales face à leurs responsabilités" dans la prévention des pollutions futures, pour que la situation actuelle ne perdure pas", a-t-il poursuivi, jugeant que l'Etat n'était "pas à la hauteur".
Début mars, Anne Hidalgo avait adressé un courrier à la ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher pour demander à l'Etat "d'interdire les PFAS afin de prévenir leur dissémination dans l'environnement", rappelle la régie.
L.Mason--AMWN