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Ce cabinet où les médecins retraités reprennent le stéthoscope
"On fait confiance, ils ont de l'expérience" chuchote-t-on dans la salle d'attente quand un praticien aux allures de grand-père débonnaire vient chercher son patient: tirés de leur retraite, des médecins replongent dans un centre médical parisien.
"Les jeunes médecins sont très au fait des dernières avancées, mais les médecins qui ont de l'expérience, pour des signes cliniques anodins, ils peuvent vite trouver ce qui cloche", expose Fadhela, Parisienne. Comme les autres patients rencontrés par l'AFP, elle n'en dit pas plus sur son identité.
Sylvie, venue du Val-de-Marne, en région parisienne, se réjouit de consulter un "professeur spécialiste en diabète, expérimenté, qui, donc, doit savoir de quoi il parle".
A la recherche d'un spécialiste en ORL, la plateforme Doctolib ne proposait pas à Fadhela de "médecin avant mars 2026". "Là, j'ai eu mon rendez-vous en une semaine", sourit-elle.
Même double satisfaction chez Rayan, Parisien: "Sur Doctolib, les rendez-vous étaient trop, trop loin pour un ORL", "on fait confiance, ils ont de l'expérience".
Au Centre médical Odon-Vallet, dans le XIIIe arrondissement de Paris, on trouve des spécialistes, mais aussi des généralistes. Logiquement sollicités pour devenir médecins traitants à l'heure où il est difficile d'un trouver un. "Ça fait plaisir qu'on me le demande !", lâche Max Budowski, 72 ans dans deux mois, médecin, docteur en sciences et professeur émérite à l'université Paris VII.
- Un jour par semaine -
Marc Espié, 73 ans, oncologue, a aussi rejoint les rangs pour "essayer de pallier une carence médicale qui est malheureusement développée y compris au niveau de la capitale".
Quand il part à la retraite, à 70 ans, Max Budowski donne tout son matériel à des associations. Mais, comme un signe prémonitoire de retour au bercail, il reçoit parmi ses cadeaux de départ... un stéthoscope tout neuf. Un jour, un ami de la profession lui dit "Max, on crée un centre de santé, c'est tous des anciens professeurs comme toi".
Il met "trois semaines avant de répondre". "Est-ce que j'en ai besoin sur le plan financier ? Non, ma génération bénéficie d'une retraite correcte. Est-ce que j'ai envie de voir encore des patients ? Oui". Il officie un jour par semaine -- c'est entre une demi-journée et deux journées pour la vingtaine de praticiens actuels du centre -- et ce qu'il touche, c'est "un supplément" pour ses "petits-enfants".
Il se dit ravi "de ces conditions-là, des locaux agréables, avec du matériel, des secrétaires". Son centre a ouvert ce mois-ci, dans des locaux flambant neuf, aux couleurs pimpantes entre bleu et jaune.
- Emulation -
"On a commencé en janvier (à une précédente adresse parisienne) on a fait à peu près 70 consultations le premier mois", retrace Jérémy Renard, un des co-fondateurs du centre. "Le mois dernier, on a fait 500 consultations". "L'objectif, c'est d'atteindre 20.000 consultations par an, voire 25.000 si tout se passe bien, ce qui fait donc à peu près 1.500 à 2.000 consultations par mois". Avec une centaine de médecins dans sa base de données, ce responsable vise la cinquantaine de praticiens au mois de septembre dans le centre.
Venu "du monde de l'entreprenariat, de la start-up", Jérémy Renard s'était lié d'amitié, via un proche commun, au Pr Yvon Calmus, "contraint de prendre sa retraite alors que le désert médical progresse". C'est ainsi qu'est né ce projet, avec le Pr Calmus aujourd'hui président d'honneur.
Pour le budget de départ, d'un million d'euros, "on a été voir les pouvoirs publics: on a eu des financements de l'Agence régionale de santé, de la Mairie de Paris, de la région Ile-de-France et de la Fondation Vallet". Cette institution dispense notamment des bourses d'études au mérite et sur critères sociaux.
Le centre parisien fait des émules. "On a eu des sollicitations de villes de province, Grenoble, Lille, Strasbourg par exemple, pour créer d'autres centres de santé sur le même modèle", conclut Jérémy Renard.
A.Rodriguezv--AMWN