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Le monde agricole ne décolère pas contre le Mercosur, voté à Bruxelles
Repli des tracteurs de la Coordination rurale et entrée en scène de ceux de la Confédération paysanne, qui dénonce l'interpellation de deux de ses responsables devant l'Arc de Triomphe: la mobilisation agricole se poursuit vendredi en France, contre le Mercosur et la politique sanitaire du gouvernement.
Le vote vendredi à Bruxelles de ce traité de libre-échange entre l'Union européenne et des pays latino-américains, malgré l'opposition de la France et des agriculteurs qui craignent un déferlement de boeuf, volailles et sucre produits avec des normes moins disantes que les règles européennes, devrait amplifier la colère qui éclate depuis début décembre dans les campagnes.
Deux porte-parole de la Confédération paysanne ont été interpellés devant l'Arc de Triomphe où ils marchaient avec des militants après une opération escargot sur le périphérique parisien. Le syndicat a dénoncé des "arrestations scandaleuses" et "violentes".
Avant l'aube, plusieurs dizaines d'agriculteurs de la Confédération paysanne sont entrés sur le périphérique à l'est, porte de Montreuil, avec six tracteurs. Vers 11H00, des tracteurs étaient bloqués dans l'ouest de Paris, porte Maillot, accompagnés de militants de la CGT et des Soulèvements de la terre.
"C'est le Mercosur qu'il faut abattre, pas nos vaches!", a déclaré Nicolas Fortin, secrétaire général du 3e syndicat agricole français, historiquement marqué à gauche, opposé au libre-échange et très engagé contre la gestion actuelle de l'épizootie de dermatose qui frappe les bovins.
- "Un exploit" -
Une position défendue la veille par les "bonnets jaunes" de la Coordination rurale (CR), 2e syndicat agricole, coutumier des opérations coup de poing et dont certains responsables dans le Sud-Ouest ne cachent pas leur proximité avec l'extrême droite.
"Mercosur mort à coup sûr", clamait une pancarte accrochée à un tracteur de la CR jeudi à l'Arc de Triomphe, où ils n'ont pas été inquiétés par les forces de l'ordre.
Après avoir cheminé de leurs bastions du Sud-Ouest, de Normandie ou du Nord, les agriculteurs de la CR ont réussi leur démonstration de force, parvenant à entrer dans la capitale, jusque devant l'Assemblée nationale malgré les interdictions de rassemblements non déclarés devant le grandes institutions parisiennes.
Onze interpellations, 12 mises en fourrière et 65 verbalisations ainsi que plus de 600 manifestants ont été recensées jeudi par le ministère de l'Intérieur en Ile-de-France, hors de la capitale. Laurent Nunez a assumé de n'avoir pas dispersé cette action "illégale".
Dans la soirée, le président du syndicat, l'éleveur Bertrand Venteau, a appelé ses troupes au repos, promettant de "revenir" en force si besoin.
- Actions dans plusieurs régions -
Des actions sont prévues vendredi dans plusieurs régions, mais aussi en Belgique ou encore en Pologne.
Dans le Nord, les autoroutes A27 et A2, qui mènent aux autoroutes belges E42 et E19, sont fermées depuis jeudi soir dans le sens France-Belgique. L'entrepôt pétrolier de Haulchin (Nord) est bloqué par des tracteurs de la CR.
La gendarmerie a fait état de plusieurs blocages routiers à 7h30, à Beaune (Bourgogne) mais aussi en Lozère, dans le Tarn et dans le Pays Basque.
L'accès au dépôt de carburant de Bassens, sur le port de Bordeaux, est toujours bloqué par des agriculteurs de la CR.
"C'est une descente aux enfers (...) Les produits qui rentrent du Mercosur sont moins chers, parce qu’ils produisent du maïs sur des milliers d'hectare", avec des OGM interdits en Europe, se désole ean-Michel Larrère, président de la FDSEA des Landes lors d'un rassemblement dans une zone portuaire près de Bayonne.
"C'est une distorsion complète", ajoute cet éleveur de poulet qui compare son prix, 7 euros, au "poulet ukrainien deux fois moins cher au poulet brésilien à 2,5 euros".
Depuis début décembre, la mobilisation s'est durcie, pour dénoncer la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire, la signature imminente du traité de libre-échange UE-Mercosur, la faiblesse des prix des céréales et la hausse de celui des engrais.
Les annonces de Paris et de Bruxelles en faveur des agriculteurs n'ont pas suffi et l'annonce d'un "non" au Mercosur de la France, qui n'est pas parvenue à réunir une minorité de blocage à Bruxelles, signifie surtout, pour les syndicats, la "faiblesse" et "l'isolement" de la première puissance agricole européenne.
La FNSEA, premier syndicat avec ses alliés des Jeunes agriculteurs, a appelé à un grand rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg le 20 janvier contre l'accord de libre-échange.
D.Cunningha--AMWN