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Ebola en RDC: le pic reste à venir, l'épidémie pourrait durer un an
L'épidémie d'Ebola en RDC n'a pas atteint son pic et pourrait durer encore un an, a averti mardi la Croix-Rouge, plusieurs organisations alertant sur le retard de la réponse humanitaire face à la crise.
"Nous craignons que cette épidémie" qui sévit dans l'est du pays "ne dure encore un an", a déclaré Bruno Michon, chef des opérations de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), lors d'un point de presse à Genève.
"Je pense que le pic n'est pas derrière nous, mais devant nous", a-t-il insisté.
La République démocratique du Congo a déclaré le 15 mai une épidémie d'Ebola, la 17e dans ce pays africain de plus de 100 millions d'habitants. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché l'alerte sanitaire internationale deux jours après.
"Un mois après le début de la plus importante épidémie d'Ebola Bundibugyo jamais enregistrée, la réponse humanitaire accuse un retard important", a de son côté averti Oxfam mardi.
Il n'existe ni vaccin, ni traitement homologué contre la rare souche Bundibugyo à l'origine de l'épidémie.
Les trois provinces touchées - Ituri, l'épicentre de l'épidémie, Sud-Kivu et Nord-Kivu - comptent une population totale estimée à près de 15 millions d'habitants, selon les autorités. Cette région est en proie à un conflit communautaire meurtrier, avec d'importants déplacements de population favorisant la propagation.
Par ailleurs, le nombre de blessés de guerre a augmenté de 30% entre mi-mai et mi-juin dans l'est de la RDC depuis l'épidémie, aggravant la pression sur un système de santé déjà fragile, a indiqué mardi le Comité international de la Croix-Rouge.
- "expansion brutale à craindre" -
Selon l'Institut national de santé publique (INSP) congolais, "on observe un nombre croissant de cas confirmés d'une semaine à l'autre, traduisant une transmission continue de la maladie dans la communauté".
"Une expansion géographique brutale de l'épidémie est à craindre si les actions de santé publique ne sont pas mises en oeuvre rapidement", indique-t-il dans son rapport de situation quotidien.
Selon les chiffres officiels rapportés par l'OMS, 808 cas ont été recensés, dont 192 décès, soit un taux de létalité de 24%.
Cette semaine, Oxfam et Médecins sans frontières (MSF) ont toutefois alerté sur le fait que l'épidémie est probablement sous-estimée.
Selon Kate White, coordinatrice médicale d'urgence de MSF en RDC, "personne ne connaît l'ampleur réelle de l'épidémie en RDC, ni quelles sont précisément les zones où le virus circule".
Le "manque cruel de capacités de diagnostic" rend "très difficile de savoir exactement dans quelle mesure l'épidémie se propage", estime M. Michon, de la Croix-Rouge.
Selon Oxfam, l'insuffisance du traçage des cas s'explique notamment par le "retrait du financement américain destiné à la surveillance épidémiologique et face au grave manque de ressources".
L'ONG explique par ailleurs que la lutte contre l'épidémie est entravée par le manque d'eau potable dans les zones touchées, qui complique l'élimination sécurisée des déchets infectieux, ainsi que par le fait que de nombreux agents de première ligne ne disposent toujours pas d’équipements de protection de base.
- "Angles morts" -
Selon l'OMS, des capacités de diagnostic existe dans six sites.
Mais "certaines zones restent des angles morts" de la surveillance sanitaire, "avec peu d'alertes signalées" et "il est possible que des chaînes de transmission ne soient pas détectées", a expliqué mardi Tarik Jasarevic, porte-parole de l'OMS, aux journalistes.
La désinformation constitue un obstacle majeur dans la lutte contre l'épidémie, selon les organisations.
La méfiance et le déni empêchent un suivi correct des cas contacts à domicile, faute d'informations fournies par les familles et devant la peur des soignants de se rendre sur place.
"La confiance de la communauté est essentielle. Nous avons besoin que les populations comprennent qu'il faut travailler avec les autorités sanitaires et tous les partenaires", a insisté le porte-parole de l'OMS.
M. Michon de la Croix-Rouge est du même avis: "Pour enrayer l'épidémie, il faut investir non seulement dans la réponse sanitaire, mais aussi dans la confiance des populations, les volontaires locaux, l'engagement des communautés et l'accès opérationnel au terrain".
Ces derniers jours, les volontaires de la Croix-Rouge de RDC ont été victimes d'insultes, de menaces et même d'agressions physiques dans l'exercice de leurs fonctions.
M.Fischer--AMWN