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"On a toujours gagné la bataille d'Ebola", rassure le virologue congolais Jean-Jacques Muyembe
"On a toujours gagné la bataille d'Ebola": 50 ans après avoir participé à la découverte du virus, le virologue congolais Jean-Jacques Muyembe est, à 84 ans, aux avant-gardes de la riposte pour endiguer la 17e épidémie qui frappe la République démocratique du Congo (RDC).
Le pays d'Afrique centrale a déclaré le 15 mai une nouvelle épidémie de fièvre hémorragique, qui a déjà contaminé 808 personnes et fait 192 morts, soit un taux de létalité de 24%, principalement dans la province troublée et reculée de l'Ituri (nord-est).
Il n'existe aucun vaccin ni traitement spécifique pour le virus Bundibugyo à l'origine de l'épidémie actuelle. Les vaccins existants ne sont efficaces que contre le virus Zaïre. Et la riposte sanitaire "a beaucoup tâtonné" jusqu'ici, reconnaît le Pr Muyembe, lors d'une interview à l'AFP dans la capitale, Kinshasa.
En RDC, les autorités sanitaires ont été critiquées pour avoir tardé à détecter le virus et à soutenir des soignants largement démunis sur le terrain. Ces dernières semaines, craignant des mesures de fermeture des frontières qui couperaient le pays du reste du monde, le gouvernement congolais a répété que la situation est "sous contrôle".
- De l'animal à l'homme -
"Il ne faut pas croire que la bataille est perdue parce qu'il n'y a pas de vaccin", dit sereinement Jean-Jacques Muyembe, directeur de l'Institut national de recherche biomédicale (INRB), géré par l'État.
La RDC a vaincu 15 épidémies par le passé grâce à des mesures de santé publique (isolement des malades, traçage des cas contacts), puis une 16e lorsque la science est parvenue à mettre au point, entre 2018 et 2019, les premiers vaccins et traitements innovants contre la maladie, rappelle-t-il.
Sur son bureau de l'INRB, une médaille et des photos où il apparaît à côté de quelques dignitaires sont disposées pêle-mêle, entre des correspondances adressées aux partenaires et bailleurs internationaux qui font partie de l'imposante machinerie sanitaire mise en branle lorsque Ebola refait surface sur le continent.
Un dossier mpox est encore ouvert sur un coin de la table. La RDC a fait partie des pays les plus touchés par ce virus, anciennement appelé variole du singe, qui a fait 198 morts en Afrique en 2025.
La biodiversité du vaste pays africain, parmi les plus riches de la planète dans ce domaine, ainsi que la déforestation et le changement climatique, dont les effets poussent les populations à s'enfoncer de plus en plus loin en forêt où elles entrent en contact avec des animaux, font que "la RDC est particulièrement exposée aux épidémies de maladies zoonotiques" (transmises de l'animal à l'humain), comme le mpox et Ebola, explique le spécialiste.
- "Le plus grand risque de ma vie" -
En 1976, M. Muyembe, épidémiologiste diplômé de l'université de Louvain (Belgique), est de retour au pays lorsqu'il est appelé dans le village de Yambuku, dans le nord de la RDC qui s'appelait alors Zaïre, pour enquêter sur l'apparition d'une mystérieuse maladie.
Il fait un prélèvement sur une religieuse malade et expédie l'échantillon en Belgique, où le docteur Peter Piot isolera pour la première fois le virus bientôt baptisé Ebola, du nom d'une rivière de la région reculée.
"Quand nous sommes arrivés, nous n'avions pas de gants, nous n'avions pas de blouse comme nous portons maintenant, nous n'avions pas de masque", raconte le virologue. "Quand j'ai enlevé l'aiguille, le sang continuait à couler là où j'avais piqué et mes doigts étaient souillés de sang (...) Par réflexe, j'ai demandé qu'on me donne de l'eau pour me laver les mains".
Avec le recul, il dit aujourd'hui avoir ce jour-là "couru le plus grand risque de (sa) vie".
Les autorités sanitaires de l'époque penchaient pour une épidémie de fièvre typhoïde ou de fièvre jaune.
Après cette épisode, la maladie ne fait plus parler d'elle pendant 19 ans, jusqu'en 1995, quand une épidémie de "diarrhées rouges" se déclare à Kikwit, ville de 400.000 habitants dans l'ouest du pays.
Le professeur a alors l'idée de traiter huit malades par transfusion de sang de convalescent. Sept ont survécu. L'échantillon n'était pas représentatif mais l'idée à germé jusqu'à la mise au point d'Ebanga, premier traitement antiviral contre Ebola, homologué en 2020.
"J'ai participé à l'identification du virus et j'ai participé également au traitement de la maladie à virus Ebola. Qu'est-ce qu'on peut encore faire dans la vie?" lance le Congolais aux éternelles rouflaquettes, se félicitant que des scientifiques et des institutions de haut niveau en Afrique participent aujourd'hui activement à la recherche médicale.
A.Jones--AMWN