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Chimios ou radiothérapies... chiens et chats soignés, eux aussi, contre le cancer
Junior reste assis tranquillement sur la table de soins tandis que le cancérologue Jérémy Béguin lui fait une cytoponction. A l'hôpital vétérinaire de Maisons-Alfort en région parisienne, ce Cavalier king Charles termine mi-juin 16 semaines de chimiothérapie pour un lymphome.
Ce prélèvement, qui permet de vérifier s'il y a des cellules tumorales, met du baume au coeur aux maîtres de Junior qui veulent "le prolonger dans une vie confortable": ce chien de 11 ans est en rémission pour plusieurs mois, voire avec d'autres traitements quelques années.
"Il y a une évolution de la durée de survie en fonction du traitement, en fonction du type de cancer et en fonction des nouvelles techniques qui sont mises en place et développées", explique cet enseignant-chercheur.
Ces traitements sont calqués sur ceux des humains: chirurgie, chimiothérapie, thérapie ciblée avec des médicaments, électrochimiothérapie et radiothérapie.
Deux autres techniques, plus rares, font intervenir un médecin de cancérologie humaine pour chauffer la tumeur ou boucher le vaisseau sanguin qui l'alimente.
Chiens et chats répondent pour la quasi-totalité d'entre eux à ces traitements avec peu ou pas d'effets secondaires, sans perte de poils par exemple.
Concernant les rares nouveaux animaux de compagnie (NAC) traités, "il y a peu de données et il faut adapter la dose" pour les lapins, perroquets ou furets, précise M. Béguin, ajoutant que les chevaux sont également soignés.
Quand les traitements ne font plus effet, l'équipe médicale peut accompagner l'animal pour l'aider à vivre convenablement.
Pour Odin, atteint d'un cancer de la paupière et un autre de la gorge, sa durée de vie a été prolongée de plusieurs mois. Diagnostiqué en décembre, ce beau chat noir à la paupière rougie se repose, sa maîtresse le caresse en attendant le vétérinaire.
"Je fais tout pour le garder le plus longtemps possible, mes économies y passent", explique Héléna, qui fait 1h30 de trajet pour se rendre au Centre hospitalier universitaire vétérinaire d'Alfort.
"Je sais que je vais le perdre. Environ 3.500 euros pour six mois de plus, ça me va. Quand on aime, on ne compte pas", assure la jeune femme.
- Des coûts élevés -
Face à ces coûts élevés, pouvant être en partie pris en charge par une assurance, l'équipe médicale est contrainte d'arbitrer le budget des propriétaires entre diagnostic et traitements.
Associations et fondations peuvent aussi aider et certains animaux sont pris en charge pour des essais cliniques.
Chiens et chats développent principalement des cancers cutanés, du sang, en lien avec l'appareil reproducteur ou qui touchent un organe.
"On observe plus de cancers, mais c'est biaisé en fait, parce qu'on est meilleurs pour les diagnostiquer" avec un scanner ou encore une IRM, estime M. Béguin. "Donc probablement que la fréquence de cancers est assez proche ou assez similaire."
Quant aux causes, elles restent incertaines. Comme chez les humains, pollution, proximité des fumeurs et l'allongement de la durée de vie constituent des facteurs de risque.
Pour la majorité des cas, des altérations génétiques sont à l'origine de maladies avec certaines races plus susceptibles de développer des cancers, comme le bouvier bernois.
C'est le cas de Nuska, 38 kg, qui souffre d'une métastase à un poumon. Elle attend patiemment la fin de sa perfusion: une de ses pattes est reliée à un cathéter et à une seringue sécurisée pour éviter toute contamination des soignants.
Durant cette huitième chimio, ce bouvier bénéficie d'une des 35 molécules autorisées en France, une goutte d'eau comparée au nombre proposé pour les humains. Tout comme la vingtaine de cancérologues en France, pays qui compte des millions de chiens et de chats.
Malgré ces limites, la recherche - Etats-Unis et Grande-Bretagne en tête - progresse. Elle suit ce qui est déjà pratiqué en médecine humaine comme l'immunothérapie qui permet, en stimulant le système immunitaire, "d'améliorer les durées de survie", souligne M. Béguin.
Pour les animaux, "on est en phase préclinique. On espère que cela renforce l'arsenal thérapeutique et améliore le pronostic de nos patients."
S.Gregor--AMWN