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Mondial : l'Argentine, constamment entre psychodrame et septième ciel
"Le soleil brillera demain, que l'on gagne ou pas." Alors que l'Argentine oscille sans cesse entre euphorie et désespoir, et rêve à nouveau de titre en atteignant les 1/8 de finale, son sélectionneur Lionel Scaloni prône depuis le début du Mondial la mesure et la tranquillité.
"J'ai reçu un message de mon frère me disant qu'il pleurait et je crois qu'il faut avoir un peu plus de bon sens. Je ne crois pas que l'on doive jouer plus qu'un match de foot", a expliqué Scaloni, l'air contrarié, après la victoire de son équipe face au Mexique (2-0).
Le 26 novembre, l'Albiceleste a évolué sur un fil, longtemps paralysée par l'anxiété d'une possible élimination au bout de deux matches, alors que Lionel Messi et les siens avaient débarqué au Qatar dans la peau de candidats au titre.
Et quand le même Messi a libéré par son but tout un groupe et tout un pays, les images TV ont montré Pablo Aimar, adjoint de Scaloni et ancien milieu de terrain de l'Argentine aux plus de 50 sélections fondre en larmes sur le banc de touche.
"On doit faire sentir aux joueurs que c'est un match de foot, sinon ça sera toujours difficile. Il y a un sentiment de soulagement mais c'est difficile de faire comprendre aux gens que le soleil brillera demain, que l'on gagne ou pas", a réagi Scaloni, décidément pas emballé par ce débordement d'émotions.
- narrêtable" -
Depuis le début du tournoi, le sélectionneur essaie au contraire de promouvoir la sérénité, la modération et la sagesse. "On n'est candidat à rien, on est favori de rien. On est une équipe qui va se battre mais il ne faut pas croire qu'on va être champions du monde parce qu'on a gagné ce soir", a-t-il encore lancé mercredi après la qualification de son équipe pour les 1/8 de finale.
Mais Scaloni ne s'est-il pas lancé dans une mission impossible dans un pays qui ne connait pas la demi-mesure quand il s'agit de son équipe de football?
"Les supporters argentins sont les plus fiers et les plus passionnés. Ce sont des supporters qui ne te laissent jamais seul, dans les bons et les mauvais moments, encore plus dans les mauvais moments", a expliqué pour l'AFP le défenseur de Marseille Leonardo Balerdi, qui compte deux sélections avec l'Argentine.
"On voit dans ce Mondial, et ça s'est déjà vu avant, que même si pour les gens en Argentine, c'est difficile économiquement, on emmène toujours énormément de monde au Mondial et on les remarque toujours. Et ça, ça te rend inarrêtable", a-t-il ajouté.
- "Pays périphérique" -
"L'Argentine est un pays tout à fait périphérique dans la plupart des domaines et la Coupe du monde est le moment où les Argentins se sentent dans une position centrale", a expliqué à l'AFP Diego Murzi, docteur en Sciences Sociales à l'université San Martin de Buenos Aires, actuellement à Doha.
"Il y avait une histoire entre le football et l'Argentine. Elle s'est consolidée avec Maradona puis avec Messi. C'est ce qui explique ce lien entre les Argentins et la Coupe du monde", a-t-il ajouté.
"Pendant le tournoi, le football devient le seul sujet de conversation possible, à la différence de ce qui se passe en Europe, où le lien avec la Coupe du monde, celle-ci en particulier, est sans doute moins fort", a encore jugé le sociologue.
Au milieu de tout cela, les joueurs se retrouvent à la fois portés et écrasés, entre ferveur et pression, conscients que samedi encore, au moment où ils vont se présenter face à l’Australie pour une place en quarts de finale du Mondial, c'est tout un pays qui va s'arrêter et espérer.
"Nous sommes comme ça, nous sommes passionnés. Nous sommes unis en tant qu'Argentins et nous avons une connexion unique avec notre peuple. Il y a un amour mutuel qui est très beau", a expliqué mardi le défenseur Lisandro Martinez.
Lionel Scaloni a raison, dimanche le soleil brillera, que l'Argentine batte l'Australie ou pas. Il brillera simplement un peu plus fort en cas de victoire.
O.Norris--AMWN