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NBA: Gregg Popovich, entraîneur d'élite
Avec cinq titres de champion, il a placé San Antonio sur la carte de la NBA dont il détient désormais le record des matchs gagnés, mais derrière l'exigence, la dureté militaire du "grincheux" Gregg Popovich, brille une personnalité bienveillante, ouverte d'esprit et pince-sans-rire.
A 73 ans, "Coach Pop" vient un peu plus d'entrer dans l'histoire du basket, avec une 1.336e victoire en saison régulière, dépassant le légendaire Don Nelson, dont il fut l'adjoint il y a trente ans à Golden State.
"C'est la chose la plus importante dans ma vie. Mes petits-enfants peuvent aller faire une randonnée. Ce que je pourrais faire à ma retraite, quel type de vin je pourrais boire, toutes ces choses deviennent fades quand je pense au nombre de victoires que j'ai", s'en amusait-il, déjà sûr de son fait, il y a quelques années.
La plupart du temps impassible, Popovich le sarcastique esquisse parfois un petit sourire face aux journalistes. Car rien ne l'amuse tant que de voir leurs mines livides après les avoir malmenés.
"Avoir le sens de l'humour a une énorme importance pour moi car je pense que les gens qui n'ont pas d'autodérision, qui n'apprécient pas les moments drôles, ne sauront pas tout donner pour un groupe", confiait-il en 2015.
- Officier et gentleman -
C'est en 1996 que Popovich a pris les rênes des Spurs, pour en faire une formidable machine à gagner, enfilant cinq bagues aux doigts (1999, 2003, 2005, 2007, 2014), disputant 22 play-offs d'affilée et étant désigné trois fois entraîneur de l'année.
Son dernier sacre en date aura été peut-être le plus beau. D'abord parce qu'au sommet de leur art, les Spurs prirent une revanche éclatante sur le Heat de LeBron James, après une cruelle défaite en finale 2013.
Ensuite parce que ce titre a consacré une dernière fois son "Big3" Tim Duncan/Tony Parker/Manu Ginobili, sept ans après le quatrième que beaucoup pensaient être leur dernier.
De ces trois joueurs si différents, "Coach Pop" a tiré le meilleur.
S'il trouva en Duncan son alter ego et sut immédiatement que leur "mariage" fonctionnerait, il accepta, un peu malgré lui, de laisser libre cours au génie de l'artiste Ginobili, dont l'imprévisibilité - l'ennemi de tout entraîneur - fut plus souvent gagnante que perdante.
Quant à Parker, drafté à 19 ans, il décida au contraire de le harceler, de le pousser à son maximum. Ce qui n'empêcha pas le Français de le considérer ensuite comme un deuxième père.
"Lors d'un de ses premiers entraînements, j'avais amené quelques gars pour lui rentrer dedans. Je voulais voir ce qu'il avait dans le ventre. Il m'a impressionné. Alors, je lui ai dit: +Le ballon est à toi, trouve des solutions, je vais t'aimer et te gueuler dessus en même temps+. Et c'est comme ça que ça s'est passé", résuma-t-il.
- "Pop art" -
Ce faisant, Popovich, né le 28 janvier 1949 à East Chicago (Indiana) d'un père serbe et d'une mère croate, renouait avec son passé d'officier. De ses cinq années dans l'armée de l'air, il retint les vertus de l'organisation et de la discipline.
Capitaine de l'équipe des forces armées américaines, il parcourut l'Europe de l'Est et l'URSS dans le cadre de tournées en 1972 et comprit que le basket n'était pas qu'américain. Nul hasard si les Spurs sont devenus sous son ère la plus cosmopolite des équipes de NBA.
La légende l'a fait espion. Après avoir longtemps entretenu le mystère, il concéda avoir un temps été dans le renseignement, en Turquie. "Je stationnais à la frontière, ce n'est pas comme si j'étais James Bond", dit celui qui s'est paré d'or olympique avec Team USA à Tokyo l'an passé - une de ses plus grandes fiertés.
A San Antonio, précurseur, il choisit d'avoir pour adjoints - fait rare - un étranger avec l'Italien Ettore Messina et - fait inédit en NBA - une femme avec Becky Hammon.
Souvent réduit à un style défensif, il est surtout un architecte du collectif, pour qui académisme n'est pas un gros mot mais un tremplin vers l'excellence, qui s'apparente en basket à du "Pop art", en somme.
M.Thompson--AMWN