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Ultim Challenge: la course à l'aventure d'Eric Péron
"Déjà une victoire d'être au départ". Le navigateur Eric Péron, l'un des six solitaires partis à l'assaut de l'Ultim Challenge, a validé in extremis sa participation à cette course autour du monde inédite, qu'il aborde avant tout comme une "grande aventure".
Logiquement distancé en dernière position après une semaine à la barre du plus ancien trimaran de la flotte, le Finistérien de 42 ans, déterminé et philosophe, apprécie chaque instants de son début de périple en mer.
"De toute façon, il faut que j’arrête de regarder ce qu’ils font. C’est vrai que je me suis pris un peu au jeu au début car je résistais pas mal (...). C’est comme un petit deuil à faire, mais je ne suis pas triste pour autant", explique-t-il depuis son voilier Adagio.
Marin polyvalent, Péron brille en course au large depuis le début des années 2000. D'abord en solitaire sur le circuit Figaro, puis en tant qu'équipier sur la Volvo Ocean Race et enfin en trimaran au sein de la classe Ocean Fifty (multicoque de 50 pieds).
- Dernier arrivé -
Mais, contrairement à ses concurrents, il est arrivé très tard aux commandes d'un Ultim, ces maxi-trimarans de 32 mètres de long et 23 mètres de large, bijoux de technologie capables pour les plus modernes de s'élever au dessus de l'eau grâce à leurs foils.
Longtemps à la recherche d'un partenaire pour financer son inscription, il a signé avec Adagio -leader européen de l'appart'hôtellerie- en septembre avant de mettre à l'eau son voilier le mois suivant.
Deux mois seulement avant le départ, il effectuait ses premières sorties au large de Brest pendant que le reste de la flotte s'affrontait sur la Jacques-Vabre. "On savait depuis le début que l'on manquerait de préparation, de pratique", confie Péron.
Son voilier, l'ancien Geronimo d'Olivier de Kersauson, est le plus éprouvé de la flotte, mais il est le seul à ne pas posséder de foils et enregistre des vitesses moyennes très inférieures aux autres.
"Ce projet n'aurait pas été possible avec un autre bateau. On a une petite équipe, des moyens inférieurs... un bateau qui vole aurait nécessité des investissements en conséquence et beaucoup plus de temps et de compétences techniques", note-t-il, réaliste.
- Premier parti -
Pour autant, le jour du départ de Brest dimanche, le Quimpérois n'a pas caché son émotion d'être sur les pontons, versant de nombreuses larmes au moment de grimper sur le bateau et de larguer les amarres... le premier.
"Depuis tout petit, j'ai le souvenir de ces premiers Vendée Globe, ce saut dans l'inconnu. On ne savait même pas si c'était possible, combien de jours les marins allaient mettre. Cela m'a éveillé à la voile", raconte ce jeune père d'une petite fille de 18 mois.
Même avec peu de moyens, de temps et d'entrainement, il a tout fait pour figurer parmi les six fantastiques, premiers marins à partir en course autour du monde en solitaire sur des trimarans géants.
"Quand ce challenge et né, je me suis dit que c'était ça dont je rêvais, une grande aventure, mélangeant compétition et aspect pionnier. Il fallait saisir l'opportunité".
Bien conscient des limites techniques de son voilier, il estime que ce voyage autour du monde est avant tout "un combat avec (lui)-même". "A aucun moment je ne me sens capable de jouer sur la tactique avec mes adversaires, mais ce n'est pas important car je ne vivrai jamais une aventure pareille".
Après avoir dépassé les Canaries vendredi et encaissé de plein fouet la première grosse dépression du périple, il a envoyé depuis son voilier une vidéo pour montrer comment réparer une fenêtre au large.
"A plus tard pour un nouveau tuto bricolage", lâche-il en conclusion, dans un grand sourire, avant de mettre le cap vers l’équateur au sud-ouest, qu'il devrait atteindre, à son rythme d'aventurier, en milieu de semaine prochaine.
Ch.Havering--AMWN