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Prison avec sursis requise contre Platini et Blatter
Le parquet suisse a requis mercredi un an et huit mois de prison avec sursis contre Michel Platini et l'ex-président de la Fifa Sepp Blatter, les accusant d'avoir escroqué l'instance mondiale du football en obtenant un paiement injustifié.
Implacable sur la "tromperie" prêtée aux accusés, le procureur Thomas Hildbrand s'est néanmoins abstenu de réclamer une peine ferme, alors que les anciens dirigeants, fixés sur leur sort le 8 juillet, encourent en principe cinq ans d'emprisonnement.
Cinq heures durant, devant le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone (sud-est), il s'est efforcé de démêler l'affaire à tiroirs qui a brisé en 2015 la carrière des ex-alliés au moment où Platini, alors président de l'UEFA, paraissait idéalement placé pour succéder à Blatter à la tête de la Fifa.
"Seul compte leur comportement au regard du droit pénal", a d'emblée rappelé le procureur, laissant hors champ toute dimension politique pour se concentrer sur les 2 millions de francs suisses (1,8 million d'euros) accordés en 2011 par la Fifa à Michel Platini, avec l'aval de Sepp Blatter.
Peu importe donc que ce dossier n'ait resurgi qu'en 2015 et propulsé à la tête du football mondial l'inattendu Gianni Infantino, bras droit de Michel Platini à l'UEFA, visé depuis 2020 par une procédure distincte pour trois rencontres secrètes avec le parquet.
- Blatter le "caméléon" -
Entendus jeudi dernier par le tribunal, le Français de 66 ans et le Suisse de 86 ans assurent avoir "oralement" décidé que Platini toucherait un million de francs suisses par an pour conseiller Blatter entre 1998 et 2002, juste après l'avoir aidé à accéder à la tête de la Fifa.
Mais cet accord conclu sans témoins, contraire "aux usages commerciaux" et jamais provisionné dans les comptes de l'organisation, a été inventé après coup pour justifier la facture présentée en 2011 par le triple Ballon d'Or, a répliqué mercredi Thomas Hildbrand.
Pour lui, le travail de Platini a été intégralement couvert par un contrat d'août 1999 prévoyant 300.000 francs suisses annuels, là où les deux hommes prétendent s'être mis d'accord pour verser "le reste plus tard", lorsque les finances de la Fifa le permettraient.
Invraisemblable, a balayé le magistrat: même si l'instance avait payé un million de francs suisses à Platini dès 1999, elle aurait encore eu "plus de 21 millions de francs de trésorerie", des réserves montées à 327 millions en 2002.
Or Sepp Blatter, entré en 1975 à la Fifa, "avait une connaissance parfaite" de sa solvabilité. "Quand un caméléon se sent menacé, il change de couleur: Blatter fait la même chose", a lancé Thomas Hildbrand, pour qui "il n'existe aucune raison pour laquelle la Fifa" aurait dû différer le paiement.
- L'ombre de la corruption -
Incohérence supplémentaire aux yeux du parquet, Platini a fini par réclamer début 2011 500.000 francs annuels pour cette période, plutôt que 700.000, en expliquant après coup n'avoir jamais vérifié la somme qui lui avait été initialement versée.
"Est-ce seulement au moment de la facture à la Fifa qu'il aurait perdu ses capacités mathématiques ?", a feint de s'interroger le magistrat, rappelant que le Français avait "passé sans problème un test de calcul" pendant son interrogatoire.
Thomas Hildbrand a aussi souligné que Jérôme Valcke, secrétaire général de la Fifa en 2011, avait dit aux enquêteurs que Platini avait d'abord demandé 4 millions de francs, avant d'établir une facture deux fois moins élevée.
"Si vous passez de quatre à deux, c'est qu'il y a eu négociation, entente entre les parties", a avancé le magistrat, faisant de cette somme la contrepartie "d'un service personnel" de Platini à Blatter.
Mais lequel, alors qu'aucun mobile ne figure dans l'acte d'accusation ? Prudemment, le procureur a évoqué le soutien du Français et du comité exécutif de l'UEFA à la réélection de Blatter à un quatrième mandat, fin mai 2011.
"La question de savoir si ce paiement est en relation avec l'élection doit rester ouverte, en l'absence de preuve convaincante", a reconnu Thomas Hildbrand, laissant planer dans le prétoire l'ombre de la corruption.
Entamé mercredi dernier, le procès doit se poursuivre jusqu'au 22 juin avec les plaidoiries de la Fifa, partie civile, puis de la défense.
D.Moore--AMWN