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US Open: Aryna Sabalenka, un "tigre" redevenu féroce à New York
C'est l'histoire d'une N.1 mondiale aussi crainte pour sa puissance sur le court que capable d'imploser sous la pression d'un match à enjeu: la Bélarusse Aryna Sabalenka, sacrée samedi à l'US Open, est une championne qui peine encore parfois à croire en elle.
Service de plomb, coups droits fusants, changements de rythme à l'occasion: d'un point de vue tennistique, celle qui a découvert la petite balle jaune par hasard à six ans "a plein d'outils", souligne son compatriote Max Mirnyi, venu la conseiller à New York.
Mais la native de Minsk reste à 27 ans "une joueuse et une personne assez émotive", ajoute Jason Stacy, chargé de la performance et de la préparation physique de la N.1 mondiale.
"La façon dont elle se sent va déterminer la direction qu'elle prendra", complète-t-il.
Quand elle est en confiance, celle qui s'est fait tatouer un tigre sur le bras gauche et arbore parfois des lacets aux couleurs du félin plante ses griffes dans les plus prestigieux trophées du tennis: Open d'Australie 2023 et 2024, US Open 2024 et 2025, WTA 1000 de Miami et Madrid...
Mais en 2025, la prédatrice de grands titres est longtemps restée sur sa faim, domptée par les Américaines Madison Keys en finale de l'Open d'Australie et Coco Gauff à Roland-Garros, un match où elle avait commis 70 fautes directes.
"Je dois me faire confiance (et) croire en mes décisions", a donc martelé la N.1 mondiale avant la finale de l'US Open, remportée samedi face à l'Américaine Amanda Anisimova 6-3, 7-6 (7/3).
Même après sa première victoire en Grand Chelem à Melbourne en 2023, elle avait dit avoir encore l'impression de n'être "pas légitime".
Pour son entraîneur Anton Dubrov, interrogé par L'Equipe à l'aube de sa finale victorieuse à l'US Open l'an dernier, "il fallait qu'elle réalise à quel point elle était douée".
Fille d'un joueur de hockey sur glace, qui décide de lui faire essayer le tennis en passant en voiture devant des courts alors qu'elle a six ans, Sabalenka affirme après sa victoire à New York que depuis la mort de son père en 2019, son objectif "a toujours été de faire rentrer notre nom de famille dans l'histoire du tennis".
Mais plus que son patronyme, c'est sa nationalité qui a attiré l'attention.
- "Personnalité forte" -
Régulièrement pressée de questions sur ses liens avec l'autoritaire président bélarusse Alexandre Loukachenko, allié de la Russie de Vladimir Poutine, et sa position sur la guerre russo-ukrainienne, Sabalenka sèche en 2023 deux conférences de presse en principe obligatoires à Roland-Garros, affirmant ne pas se sentir en "sécurité".
Elle revient finalement devant les journalistes après sa victoire en quart de finale contre l'Ukrainienne Elina Svitolina, pour dire qu'elle ne soutient ni "la guerre", ni "Loukachenko en ce moment".
"Je ne veux pas que le sport soit mêlé à la politique. Je veux juste être une joueuse de tennis", martèle-t-elle.
Compagne de l'entrepreneur brésilien Georgios Frangulis, Sabalenka a vécu un drame en mars 2024, quand son ex-compagnon Konstantin Koltsov est brutalement décédé à 42 ans, "vraisemblablement par suicide" selon la police américaine, à quelques jours de son entrée en lice au tournoi de Miami.
Le cœur "brisé", la Bélarusse parvient malgré tout à passer un tour en éliminant son amie Paula Badosa.
"C'est une personnalité très forte. Je la connais hors des terrains et ça ne me surprend pas", la complimente alors l'Espagnole.
Le constat vaut également sur les courts, où Sabalenka pousse volontiers des rugissements de joie ou de dépit. Ou verse des larmes de joie, comme samedi quand elle est tombée à genoux d'émotion sur le court Arthur-Ashe après son quatrième titre en Grand Chelem.
Jamais avare d'une grimace pour les caméras ou les photographes, ni d'une photo de vacances sur les réseaux sociaux, la Bélarusse sait aussi afficher une certaine légèreté.
Après son échec en finale de Roland-Garros au printemps, elle avait livré sa recette pour évacuer sa déception: farniente à Mykonos et festin d'oursons en gélatine.
P.M.Smith--AMWN