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Mignoni, manager de Toulon, après sa décompensation: "J'ai dormi cinq jours d'affilée"
"Mon corps m'a lâché": Alors qu'il vient de faire son retour aux commandes du RC Toulon, le manager Pierre Mignoni s'est confié à plusieurs médias, dont l'AFP, à propos de son absence de près d'un mois, évoquant "une décompensation".
Q: Que s'est-il passé après la défaite contre Clermont le 14 février ?
R: "J'ai eu ce qu'on peut appeler une décompensation. Je l'ai un peu sentie arriver mais on a toujours cette sensation d'être un surhomme. On s'occupe toujours des autres et peu de soi. C'est un métier fabuleux, on ne compte pas ses heures et on se dit que ça va aller. Mais ce n'est pas tant la charge de travail sur le terrain qui est lourde, c'est la charge mentale. Et à un moment, je l'ai vraiment prise dans la gueule. Ce n'est pas la défaite qui m'a mis dans cet état, ça a été la goutte d'eau et mon corps m'a lâché."
Q: Quels étaient vos symptômes ?
R: "Pierre Dantin (consultant haute performance au RCT, NDLR) m'a aidé à poser les symptômes et m'a dit qu'il fallait vraiment me soigner. Il était important de me mettre sur pause. Je suis quelqu'un qui ne dort pas énormément, environ cinq ou six heures par nuit, mais là j'ai dormi cinq jours d'affilée. J'avais la sensation que ma tête pesait vingt kilos et je ne pouvais plus marcher. Il m'a fallu une semaine pour remarcher, faire le tour de mon jardin. Ensuite, j'ai marché tous les jours. Mais ça a été très dur."
Q: Vous l'aviez donc senti arriver ?
R: "Déjà contre Montpellier, malgré la victoire, je n'étais pas bien, pas dans mon état normal. J'ai ensuite eu des vertiges toute la semaine avant Clermont. Le docteur pensait même que j'avais fait un AVC. J'ai réalisé une IRM cérébrale après mes cinq jours de sommeil, pour écarter cette hypothèse. Je n'avais jamais autant dormi... Je n'ai ouvert mon ordinateur qu'une seule fois et je l'ai refermé après trois minutes, je ne me sentais pas. Je me suis fait aider pour analyser ce que j'ai eu. C'est une décompensation. Je n'ai pas envie de donner un nom, parce que ça fait toujours... Je n'aime pas les mots anglais (rires)."
Q: Comment allez-vous aujourd'hui ?
R: "Bien mieux, sinon je n'aurais pas repris. Mais je n'ai plus envie de revivre cela, donc je vais me réorganiser. Je veux faire ce que je faisais déjà, mais mieux. Dans la façon de déléguer, de trier mes journées, de fonctionner au quotidien. Des gens sont bien plus malades que moi, mais à un moment, ton corps te met des alertes. Il faut en tenir compte. C'est un détail, mais je me levais à 5h du matin pour être au bureau à 5h20, jusqu'à 18/20h, parfois 22h. Maintenant je vais m'interdire de me lever à 5h. J'ai déjà repoussé d'une heure. Mais je reste un technicien et je serai toujours sur le terrain. Simplement, je dois faire mieux avec mon staff, leur laisser plus de place. Des choses vont également changer dans le fonctionnement du club, cette saison et la prochaine."
Q: Avez-vous pensé à partir ?
R: "Je me suis posé la question si j'avais la force et l'envie de continuer. Bernard Lemaître (président de Toulon, NDLR) m'a tout de suite dit qu'il était impensable pour lui que je parte après tout le travail réalisé. Il souhaitait que je prenne du repos, même trois mois s'il le fallait. Accepter que son coach prenne une pause, c'est très rare, donc je le remercie. Est-ce que ça aurait été bien pour l'équipe ? J'ai pensé que si c'était le cas, c'était la vie et je partais. Mais les joueurs m'ont montré que ce n'était pas du tout l'heure et pas la bonne décision."
Q: Comment vous êtes-vous remis sur pied ?
R: "Par étapes. D'abord, ça a été sortir de ma chambre et descendre au salon pour manger. Ensuite marcher un petit peu, dans mon jardin, puis dans la forêt à côté. Entretemps, je suis resté en famille."
Q : Aviez-vous peur du regard des gens ?
R: "J'ai recroisé du monde seulement la semaine dernière. Avant je ne voulais pas qu'on me voit. Ce n'est pas une question de honte et j'ai d'ailleurs reçu beaucoup de sympathie. J'étais heureux de revenir, un peu ému et voilà, je suis reparti. Mais je dois faire attention, je reste sous surveillance (rires). Depuis mon retour, je me régale, je me sens plus frais. J'ai coupé pendant trois semaines, je n'avais jamais fait ça, même pendant mes vacances. Les joueurs semblaient heureux de me revoir, avec un peu d'émotion, ça fait plaisir."
Q: Quelle conclusion tirez-vous de cette histoire ?
R: "Que je ne suis pas Superman, même si je ne le pensais pas. Il y a six mois j'avais dit que si je devais mourir au bord du terrain, je n'en n'avais rien à faire. Je pensais que ça ne pouvait jamais arriver. Maintenant je sais que si. Combien de fois ma femme m'a dit de couper... Je lui répondais de ne pas s'inquiéter. Ce fonctionnement depuis 15 ans n'était pas bien pour ma famille et ma santé. Je vais essayer de mieux m'occuper des autres, mais aussi de mieux m'occuper de moi."
Propos recueillis par Lucas BERTOLOTTO
J.Oliveira--AMWN