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Rugby: après "la décompensation" de Mignoni, la santé mentale des entraîneurs en lumière
Le manager de Toulon Pierre Mignoni sera au bord du terrain samedi pour la réception du Stade français, après plusieurs semaines de pause en raison d'une "décompensation". Sa prise de parole a illustré les risques d'une profession constamment sous pression.
"Lâché" par son corps, le technicien varois a "dormi cinq jours d'affilée" et mis plusieurs jours supplémentaires pour pouvoir remarcher, après la défaite à domicile contre Clermont le 14 février.
Désormais remis, il a repris le chemin des terrains avec une nouvelle approche pour éviter de revivre un tel épisode, qu'il a évoqué dans un entretien avec plusieurs médias, dont l'AFP.
Sa prise de parole a été saluée dans le monde du rugby. "C'est important sur ces thématiques-là. On en parle parfois pour les joueurs et un peu moins pour les staffs", a estimé mercredi l'entraîneur des avants du Racing 92, Olivier Azam, qui a côtoyé Pierre Mignoni.
"Le mec dur, le mâle alpha qui est indestructible, on aimerait tous l'être, mais ça n'existe pas", poursuit-il, voyant dans le rugby le risque d'un "métier passion", qui casse l'équilibre avec la vie personnelle.
Le manager de Perpignan Laurent Labit a dit dans un entretien à l'AFP essayer de mettre en place "des sas" pour réussir à couper.
"Il y a des moments où on peut s'appeler, des moments où on peut travailler, des moments où on doit aussi faire autre chose, et c'est pas pour ça qu'on ne travaille pas. Mais sinon tout devient urgent et tout est important, et au bout d'un moment, on explose", a-t-il raconté, estimant qu'il aurait pu se trouver dans une situation semblable à celle de Mignoni au cours de sa carrière.
- Staff et missions élargis -
L'éloge du manager varois est partagé par Bernard Dusfour, président de la commission médicale de la Ligue nationale de rugby (LNR).
"Je trouve que c'est un bien qu'il fait au monde du rugby. Il a amorcé quelque chose qui fait que certains coaches vont dire, +moi, ça ne va pas. Il faudrait peut-être s'arrêter avant que je m'effondre+. Il faut avoir un certain courage pour dire +moi, je me retire trois semaines+. Et d'en parler à son retour", a-t-il souligné jeudi, en marge d'un point de la LNR sur son plan santé mentale.
Selon lui, "le problème des managers, c'est qu'ils sont performants sur le management des joueurs - ça c'est leur cœur de métier - par contre maintenant ils sont devenus managers d'une équipe" avec un staff de plus en plus élargi.
"Avant c'était juste son adjoint, il y avait un kiné, un médecin, et c'était fini. Maintenant même en Pro D2, il y a du monde, donc il faut qu'ils managent ça, organisent les emplois du temps... c'est une surcharge", précise Bernard Dusfour.
Il évoque un problème "à la limite entre le sport de haut niveau et la médecine du travail" et qui peut nécessiter le recours à des professionnels externes au rugby.
- Des "haut cadres" en "CDD" -
Les managers du Top 14 sont désormais "comme des hauts cadres d'une entreprise", illustre pour l'AFP Didier Nourault, président du syndicat des entraîneurs Tech XV.
C'est encore plus vrai pour les managers qui délèguent peu et passent beaucoup de temps à gérer les entraînements et la vie quotidienne du groupe, comme Pierre Mignoni. "Sur le terrain, on passe après l'équipe, on s'oublie", poursuit M. Nourault.
Il dit ne "pas (être) étonné du tout" qu'une telle situation se produise dans le rugby professionnel, même si les entraîneurs peuvent tout faire pour "cacher le problème", notamment pour ne pas "exposer des fragilités" pouvant les pénaliser sur la suite de leur carrière, où les changements de clubs sont de plus en plus nombreux.
Le métier laisse peu de place à la formation continue, souligne-t-il. "Cela donne un autre regard. Mais combien de fois un entraîneur peut suivre une formation diverse sur laquelle il peut ensuite s'appuyer pour son boulot? Ils n'ont pas le temps et les présidents ne poussent pas à former des managers", qui sont de fait "des salariés en CDD".
F.Bennett--AMWN