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Biathlon: Eric Perrot, l'homme pressé
Éric Perrot, qui a décroché vendredi le gros globe de cristal de biathlon pour la première fois de sa carrière, a toujours cru que son étoile brillerait vite et fort, à l'image de son illustre prédécesseur Martin Fourcade.
Le prodige de 24 ans a grandi à Peisey-Vallandry, dans les montagnes savoyardes, où sa vie tournait déjà très tôt autour du biathlon, transmis par ses parents.
Le nom de son père Franck figure sur les murs de la Südtirol Arena à Anterselva, sorte de "Hall of Fame" du biathlon en Italie, avec une médaille de bronze par équipes aux Mondiaux-1995. Sa mère, la Norvègienne Tone Marit Oftedal, a quant à elle été championne du monde juniors en relais en 1993.
Ils lui ont transmis une solide culture de la gagne, qu'il revendique à longueur d'interview depuis le début de sa carrière.
"Ce n'est pas un personnage, il ose le dire. C'est quelqu'un de très pragmatique. Il sait d'où il vient et il sait où il veut aller. C'est une chance de croiser un athlète comme ça", affirme à l'AFP Jean-Pierre Amat, coach du tir des Bleus.
Le jeune Éric découvre la gloire internationale à 19 ans avec le titre de champion du monde juniors de relais et la médaille d'argent de la poursuite à Obertilliach (Autriche) en 2021.
Il fait ses armes en Coupe du monde l'année suivante et décroche la huitième place du sprint à Ruhpolding en janvier 2022 à 20 ans, dans les temps de Martin Fourcade, qui avait éclos au même âge au plus haut niveau.
Remplaçant aux Jeux de Pékin le mois suivant, il change de dimension en 2024 avec ses premières médailles aux Mondiaux de Nove Mesto, l'or en relais mixte et le bronze en relais masculin.
Perrot explose aux yeux des suiveurs du biathlon en 2025 avec son titre mondial de l'individuel (20 km), son "rêve de gosse", avant de terminer la saison troisième du classement général derrière les Norvégiens Sturla Laegreid et la légende Johannes Boe.
- "Une autre dimension" -
"L'année dernière, j'avais envie de finir sur ce podium, je ne pouvais pas aller plus haut. J'ai appris. Maintenant je n'ai plus d'excuses", disait-il à l'AFP l'été dernier.
Sur la piste, Perrot n'est pas le plus physique mais son allure filiforme lui permet d'être redoutable en montée. Derrière la carabine, c'est l'une des plus fines gâchettes avec 90% de précision aux tirs couché et debout cette saison.
Ce perfectionniste découvre l'apnée il y a trois ans pour travailler sa gestion des émotions et la respiration, outil essentiel en course quand un biathlète doit passer d'un effort physique à 180 battements par minute sur les skis au calme absolu sur le pas de tir.
"Au-delà de la performance physique et du tir, c'est la sérénité qu'il dégage, la manière dont il se comporte en patron sur la piste. Il rentre dans une autre dimension", l'encense auprès de l'AFP l'entraîneur de l'équipe de France masculine Simon Fourcade.
Tous ces succès étaient, selon lui, les premiers d'une longue liste qu'il compte bien remplir avec les plus beaux beaux trophées: la médaille olympique individuelle et le gros globe de cristal, Graal décerné au vainqueur de la saison de Coupe du monde.
"Je suis obligé de viser les deux, c'est mon ambition sur l'avenir. Ca arrive déjà maintenant, mais je sais que je peux le faire", affirmait à l'AFP le Savoyard l'été dernier.
L'argent olympique de l'individuel semblait presque le décevoir, tant l'ambitieux sait pouvoir rêver plus grand. "En tant que compétiteur, on a toujours envie d'aller chercher la meilleure position", assurait Perrot avec un sourire de façade. Des JO-2026, il est tout de même rentré avec l'or des relais (mixte et masculin).
En 2010 à Vancouver, Fourcade a eu besoin de l'argent (devenu l'or 16 ans plus tard) de la mass start pour écrire son histoire olympique dorée à Sotchi en 2014 et à Pyeongchang en 2018. Le jeune loup prend rendez-vous pour 2030 dans les Alpes françaises pour réaliser son rêve ultime, une médaille d'or olympique pour lui seul.
Son illustre prédécesseur avait accumulé deux gros globes de cristal avant ses Jeux en Russie. Éric Perrot a pris le même chemin avec son premier titre sur le site de Holmenkollen à Oslo, temple du biathlon norvégien, où il se sent aussi chez lui.
M.Fischer--AMWN